Partie 6 : Six pieds sur terre

suede

 

Le soleil brillait depuis déjà quelques heures sur notre campement qui se réveillait peu à peu et des filets de fumée s’élevait de celui là. Cuisiner en voyage est un plaisir que l’on avait oublié… Et Robert nous l’a en quelque sorte rappelé. Depuis qu’il aida François à se construire un petit réchaud à bois, nous en avions désormais un chacun… Il représentait beaucoup pour chacun de nous… Ce petit feu que l’on allumait et entretenait à l’intérieur de cette boite de métal semblait nous captiver encore plus qu’une télévision…Le soir, ce temps de cuisine était en quelques sortes un moment personnel, de repos, où notre esprit se concentrait uniquement sur les flammes grandissantes et l’eau bouillonnante. Nos repas, bien que très simples, prenaient une tout autre saveur après de longues heures d’efforts… 250 grammes de pâtes aux épices devenait des spaghettis bolognaise, ajouter des champignons cueillis dans la journée et cela se transformait en Risotto, et  si en plus le paysage des alentours se rendait poignant, il se répandait alors un bouquet de saveurs digne des mets les plus délicats.

Sur une petite route goudronnée, nous marchons les 10 kilomètres nécessaire afin de rejoindre la Kungsleden. Arrivé à une petite station, nous entamons une jolie grimpette bien rude. Nous atteignons un immense plateau puis continuons de marcher à travers celui-ci. Le soir arriva sans vraiment que l’on y prenne garde ; Nous descendons au fur et à mesure la vallée pour atteindre le dernier grand lac que l’on aura à traverser. En traversant une forêt de bouleaux nous récoltons un grand nombre de champignons, miam un festin s’annonce pour ce soir!

La plage atteinte, un petit plongeon dans l’eau fraiche nous rinça de la sueur de journée ; Que c’est bon d’être propre !

Alors que nous allions chercher un endroit propice au bivouac, nous faisons la connaissance de quatre français de 18-19 ans étant venus faire un trek ensemble. Bien cool nous discutons avec eux quelques temps puis plantons les tentes un peu plus loin. Avant de nous coucher, Robert vint nous voir afin de nous proposer de faire l’ascension de la plus haute montagne de Suède : Le Kebnekaise. Cela nous faisait faire un détour de deux petits jours mais cela promettait d’être vraiment grandiose.

Après une nuit un peu trop ensoleillé à mon gout, nous traversons le lac à la barque puis atteignons un grand plateau après une bonne petite grimpette. Un refuge s’y trouvait et faisait même office de magasin alimentaire. Les prix étaient tellement exorbitants que mes pauvres 500 grammes de coquillettes me sont revenus à presque trois euros !

La vallée suivi durant l’après midi semblait s’étirait sur des dizaines de kilomètres. Le sentier s’étalait droit au nord en suivant une rivière gigantesque.

Le chemin se séparât en deux et nous prenons donc la direction du Kebnekaise. Quelques dénivelés plus loin, nous débouchons sur une autre vallée : Des montagnes gigantesques aux formes délurées étaient plantées tout autour de nous, des lacs d’un bleu intense remplissaient les espaces vides et le soleil rougeoyant nous offrait ses plus belles teintes.

Hypnotisé par se coin fabuleux nous continuons en silence jusqu’à tomber sur un randonneur assez spéciale : Po, un Danois parlant le Français âgé de 68 ans, marchait sur la Kungsleden depuis déjà plusieurs jours et semblait partis pour encore plus ! Il voyageait souvent de la sorte, seule avec son sac de 26 kg !

Le lendemain matin nous partons tous les trois de bonne heure afin d’atteindre la Fjall Station construite au pied du Kebnekaise. Sur le chemin pour nous y rendre nous remarquons beaucoup de marcheurs ayant planté leurs tentes aux alentours ; Apparemment nous ne serions pas seul pour l’ascension !

La station comprenait une sorte d’hôtel et auberge de jeunesse, un magasin de nourriture et matériel aux prix délirants ainsi que même un bar restaurant. Les lois du business se tenaient même dans les régions les plus reculées…

Nous mangeons un bon casse croute, remplissons les gourdes puis quittons les lieux pour quatre heures de rude effort.

Nous montons progressivement à travers le petit chemin puis entamons une bonne montée. Nos sacs de plus de 20 kgs nous faisaient suer bien comme il faut mais nous étions habitués. Nous traversons quelques rivières puis commençons le premier pic au milieu d’un gigantesque pierrier. Arrivé en haut nous faisons une petite pause sur un petit replat où des centaines de cairns étaient érigés un peu partout. La vue sur les montagnes autours, les névés persistantes et le vide sans fin était splendide.

Nous redescendons à pic puis atteignons enfin le pied du Kebnekaise. Étant donné que l’on fera un aller retour, nous cachons les sacs derrière des rochers puis commençons la dernière montée. Allégé de tous ces kilos, nous étions en quelques sortes débridées ! Une vraie balade de santé !

Nous débouchons sur un plateau enneigé et apercevons le sommet ! Un grand pic blanc de neige qui s’élevait majestueusement. En arrivant tout en haut, épuisé mais tellement heureux, nous prenons alors conscience de toute la multitude de montagnes régnant autour de nous… Par chance le temps était magnifique et l’horizon se dessinait à plusieurs dizaines de kilomètres. Le sommet ne devait pas dépasser les 3 m² et l’effet de hauteur n’en était que plus saisissant.

Nous redescendons tranquillement sous les débuts d’une petite pluie.

D’après la carte il était possible de rejoindre la Kungsleden en coupant à travers la vallée. Cela nous évitait ainsi de devoir retourner sur nos pas. Comme il était assez tard nous décidons de planter les tentes au pied du Kebnekaise. Bien sur le sol était constitué que de pierriers, et arriver à trouver un endroit acceptable pour planter nos toiles fut assez laborieux !

Un petit orage survint mais rien de bien méchant.

La nuit fut bien réparatrice et un grand soleil se montra au petit matin. Pas de moustiques, pas de vents ou pluie, juste un bol de ma fameuse mixture magique (muesli + porridge + lait en poudre + miel + eau) mangé sur le matelas la tente ouverte… Un vrai bonheur !

Nous descendons la vallée à travers rochers, rivières et herbes chaude.

Quelques heures plus tard nous arrivons sur la Kungsleden. Nous atteignons un refuge gardé en milieu d’après midi et avons tous juste le temps de rentrer s’abriter à l’intérieur alors qu’un gros orage éclata.

Les gardiens étaient bien sympas et après que Robert leurs eus expliqué notre voyage ils nous offrirent de la nourriture en plus que ce que l’on avait acheté.

Le météo étant redevenu normale nous continuons quelques heures avant de planter les tentes. Menu du jour : Pates au « Vita Bonar », des haricots blanc à la tomate. Un pur régal !

C’est marrant en ce moment j’apprécie tellement le pti déj que en me couchant le soir il me tarde vraiment d’être le lendemain matin ! Vivre pour manger ou manger pour vivre that’s the question !

Le lendemain nous passons sur une autre vallée tout aussi jolie que la précédente. Nous croisons au fil du chemin beaucoup plus de randonneurs, seul, en groupe et même en famille. Il faut dire que Abisko n’était plus très loin. La fin de la Kungsleden touchait à sa fin et Robert nous quittera bientôt…

Ce dernier, afin d’éviter selon lui « l’autoroute des randonneurs », nous proposa de suivre un chemin parallèle à la Kungsleden pendant quelques kilomètres. Le sentier, repéré vaguement sur la carte, n’était pas terrible : Des marécages, des dénivelés négatifs et positifs et au bout d’un certains temps nous décidons de revenir sur le vrai chemin. Malheureusement un grand lac nous séparait de lui et cela nous contraignait à poursuivre là ou on s’était aventuré !

Un peu plus loin une grosse rivière descendant de la montagne et se jetant dans le lac nous fit obstacle… Un courant assez fort, une bonne profondeur, et cela sur une vingtaine de mètres ! Afin de ne pas ressortir les chaussures trempées je me les enroule dans plusieurs sacs plastiques et entame la traversée. Résultat, le système à bien fonctionné et j’en ressors tout sec !!

Mais ce n’était pas forcément fini : Deux kilomètres plus loin l’embouchure du lac nous obligeait à devoir le traverser ! Et cette fois c’était sur une centaine de mètres ! Même système que la fois d’avant et c’est partis ; Bon cette fois les chaussures ont pris l’eau mais ce n’était pas faute d’avoir essayé.

Après que François et Robert eurent traversés à leur tour nous continuions quelques temps afin de trouver un endroit propice au bivouac. Malheureusement j’étais énervé au fond de moi-même… Le fait d’avoir pris ce chemin, qui en plus de nous avoir fais passés un moment assez intense et physique, nous avait mouillés les chaussures et faits marcher très tard… Tout cela ajouter à la fatigue endurée des derniers jours m’en faisait vouloir à Robert…

Et puis j’ai ouvert les yeux sur le paysage qui m’entourait et la beauté de ce que la soirée avait été…. Les montagnes autour de nous reflétaient une teinte indescriptible alliant un rouge sang et un orange poignant et tout les lacs et rivières ne semblaient vivre que pour ce moment précis à cet endroit précis… La soirée avait été fatigante et chiante ? Un cerf m’était apparus alors que j’étais en train de maudire je ne sais pas quoi encore et  j’avais trouvé cela tellement respirant de grâce ; on a traversé deux grosses rivières au milieu d’un endroit fantastique, on a put ressentir la peur de se lancer et le bonheur d’y arriver, on a apprécié le chuchotement de la montagne dans notre cœur, et puis surtout on vivait les derniers moments avec Robert et son audace sans limite… Je m’en serais donné des baffes pour ne pas avoir su apprécier ces moments à leurs véritables valeurs…

La journée du lendemain fut assez forte en émotion ; Après un départ sous un beau soleil, nous arrivons deux heures plus tard à côté de la station de montagne d’Abiskojaure. Un joli lac était présent pas loin et nous en profitons pour nous faire faire un récurage complet de la tête au pied, c’est que ça faisait pas moins de six jours que nous avions « oublié » de nous laver ! Et puis Abisko se trouvait à moins de quinze kilomètres et revenir à la civilisation après tant de jours passés en montagnes nous obligeait à nous faire un minimum présentable !

Au fur et à mesure que nous marchions le paysage me semblait diminuer en beauté, beaucoup trop de monde était autour de nous…

C’est marrant de se dire que le chemin de la Kungsleden était sur le point de se  terminer… Vingt-trois jours que cela a durée ; Nous y avons vécus et vus des choses tellement magnifiques, endurer des instants inoubliables, fais des rencontres bouleversantes, notamment celle de Robert qui a été pour nous une sorte de mentor…

La route nous apparut enfin et après avoir dépassé l’entrée de la voie sans une petite pointe d’émotion, nous nous dirigeons vers la station d’Abisko où nous pourrions glaner des informations sur notre prochain itinéraire : La Nordkalottleden, un sentier d’une longueur approchante de celle de la Kungsleden nous emmenant directement à Kautokeino, un village norvégien de la région du Finnmark étant connu pour être un des principaux centres culturel de la Laponie.

Robert, qui repartais dans les montagnes dès ce soir, décida de se rendre au supermarché afin de se ravitailler pour les quelques dix jours qu’il lui restait. Nous décidons donc de nous retrouver quelques temps après afin de nous séparer pour de bon.

Arrivé à la station nous tombons sur une bonne surprise : Thomas était là, fraichement arrivé depuis quelques heures déjà ! Celui-ci semblait vraiment heureux d’avoir réussi à atteindre Abisko. Il comptait dès le lendemain se rendre à Stockholm en stop afin d’y rejoindre une amie.

Nous passons un bon moment à discuter avec lui puis essayons d’avoir des renseignements sur la Nordkalottleden. Nous réussissons à nous faire prêter des vieilles cartes qui se révélèrent incompréhensibles puis après une heure à essayer de repérer l’itinéraire en vainn un randonneur arriva jusqu’à nous pour nous demander si s’était bien nous qui comptait nous rendre à Kautokeino. Koin, un jeune belge de 28 ans, s’était rendus en Scandinavie afin de Faire la Nordkalottleden tout seul sur une durée de un mois. Il voulait vraiment prendre son temps durant se trek et ne surtout pas se presser. Malheureusement il ne serait pas possible pour nous de faire la route avec lui étant donnée que l’on avait prévus de la faire en moitié moins de temps.

Comme il avait tout planifié son parcours il nous montra ces cartes que l’on s’empressa de photographier. Après cela direction la petite boutique de rando car François avait un grand besoin d’une nouvelle paire de chaussure ainsi que un nouveau pantalon, son actuel après presque dix mois de voyage sembla avoir été déchiqueté par un ours !!

Les prix exorbitant lui ont bien fais comprendre qu’il devra trouver ailleurs…

Nous repartons en direction du supermarché situé à deux kilomètres. A mi chemin nous retrouvons Robert qui nous cherchaient pour nous dire au revoir.

Dans des moments d’adieux comme celui-ci le temps semble ralentir, voir même se figer… Des milliers de choses s’avèrent à vouloir sortir de notre bouche et en même temps tout semble se communiquer par un dernier regard au plus profond des yeux…

Nous ne reverrons probablement jamais Robert ; Pas d’adresse fixe, pas d’adresse mail et encore moins de téléphone… Il aurait été ce genre de personne que l’on croise à un tournant de notre existence, avec qui le simple fait de vivre en sa présence nous dévoile de nouvelles façons de voir la vie…

Nous le voyons s’éloignons au loin lentement, puis prenons la côté opposé de la route.

Nous arrivons au supermarché mais malheureusement celui-ci venait de fermer à l’instant ! Il nous restait bien de quoi faire un repas mais ça n’allait pas être Byzance ! Nous retrouvons Thomas qui avait eu le temps de faire quelques courses.  Comme il partait que le lendemain nous décidons de camper tous ensemble.

C’est donc dans une petite forêt pas loin de la route que nous plantons nos trois tentes et faisons un petit festin de tous se qui nous restais à manger. Comme François devait se trouver de nouvelles chaussures avant de repartir dans la montagne, il prit la décision de se rendre en ville en stop dès demain matin, à environ une centaine de kilomètre de là. Du coup je resterai au campement afin de faire des courses, vérifier les mails, et bien sur me reposer !

Au réveil du lendemain, je me retrouvais donc seul après que François et Thomas soient partis de bonne heure.

Thomas, ayant oublié sa gourde au bivouac, m’envoya un texto pour me demander de lui ramener à l’endroit où il s’était posté pour faire du stop.  En l’apercevant au loin, un semi remorque me dépassa et tout sembla agir en une seconde : Le camion s’arrêta au niveau de Thomas, je courus et lui donna sa gourde avec une bonne accolade ; En montant dans ce camion nous nous regardons une dernière fois puis il me lança son bâton en criant : Jérôme !! My stick !! (Jérôme ! Mon bâton !) ; Et la portière se referma et il disparut quelques secondes plus tard.

J’en avais les larmes aux yeux tellement l’instant avait été intense et magique…

Le reste de la journée se passa dans le calme : Je fis mes courses tranquillement, me rendis à la station afin de recharger les divers appareils puis fit l’acquisition d’un nouveau caleçon car j’en pouvais plus de passer trente minutes de couture par jour avec l’ancien !

Pendant que les batteries étaient en train de charger je continuais ma lecture du moment : « Robinson Crusoé » de Daniel Defoe et « Dans les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson ; Le premier est un récit bouleversant d’une personne se retrouvant seul et démunis de tout sur une île déserte, et le deuxième est une autre personne faisant le choix de vivre isolé en cabane pendant 6 mois sur les berges du lac Baïkal, en Sibérie. L’acceptation de la solitude est au cœur de ces deux livres et il en ressort de très belles choses méritant d’être lus avec la plus grande attention…

En fin de journée, du rêve plein la tête, je pris la direction du campement et pendant que je me préparais mon dîner, François arriva avec de belles chaussures flambant neuves à ces pieds !

En m’endormant doucement je me dis que cette journée avait été fantastique ; Voila que sa faisait déjà sept mois que nous vivions en compagnons, et quelle bonheur sa avait été de se retrouver une journée seul face à face avec soi-même…

Un autre chapitre se tourne donc… Demain nous partiront d’Abisko pour de nouvelles aventures, avec bien évidement et comme toujours son lot de surprises !

 

Jérôme

 

suede

Il fallait juste y penser ! Sacré Robert !

 

suede

Récolte de la journée, festin en vue !!!

 

suede

Cuisiner en montagne… Un bonheur que l’on avait oublié

 

suede

De vastes vallées stupéfiantes

 

suede

Direction le Kebnekaise, la plus haute montagne de Suède

 

suede

Et c’est partis pour quelques heures d’ascension

 

suede

Attention ça glisse !

 

suede

Le sommet à 2106 mètres

 

suede

Et la vue s’offrant à nous sur 360 degrés

 

suede

Le haut de la montagne ne devait pas excéder les trois mètres carré ! Un faux pas et c’est la glissade sans fin

 

suede

Bivouac au pied du sommet, au milieu des rochers

 

suede

Free style mode afin de rejoindre la Kungsleden

 

suede

Toujours ces immenses vallées s’étalant sur plusieurs dizaines de kilomètres

 

suede

Obstacle après avoir suivi Robert sur un soi-disant « Raccourci »
Pas le choix faut traverser !

 

suede

Emballage des pieds dans quelques sacs poubelle serré sur le sur-pantalon; Technique approuvé !

 

suede

Les montagnes le soir…

 

suede

Tout bonne chose à une fin, et la Kungsleden n’en fis pas exception une fois arrivé à Abisko.

 

suede

Retrouvaille de Thomas qui venait d’arriver quelques heures avant nous

 

suede

Sur-chauffe des cerveaux à essayer de repérer notre prochain itinéraire sur de vieilles cartes que l’office du tourisme nous prêta

 

suede

Et Thomas nous quitta… Direction Stockholm en auto-stop pour lui

 

suede

La Suède ça déchire !!!

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>