Un pti mois de cabane

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La voiture arrive, Pawel me rejoint sur le perron afin de m’aider à transporter mes affaires. Je ne l’ai rencontré que ce matin alors que je cherchais quelqu’un pouvant me conduire et il s’est montré très intéressé et enthousiasme de pouvoir le faire.

Je dis au revoir à Eva chez qui je logeais puis on démarre. Le père de Pawel nous accompagne, ils me posent tous deux beaucoup de questions mais je suis un peu lent à répondre tant je n’ose croire que ça y est, c’est partit. Un projet, un rêve, une envie qui se réalise est pour moi un sentiment encore plus vital que le sang coulant en mes veines. C’est un ressenti m’ayant bercé toute ma vie sans ayant réussi à endormir cette passion de l’inconnu qui sommeille en chacun de nous.

Il pleut et un brouillard à couper au couteau me fait dire que les premiers jours ne vont pas être de tous repos.

On arrive à Kouty nad Desnou, un petit village de station pratiquement désert ; On bifurque et poursuivons sur un chemin longeant une rivière entre deux vallées.

La neige apparait et il arrive un moment où la voiture ne peut plus avancer. C’est ici que l’on me dépose.

J’étais partis repérer l’endroit il y a quelques jours et plusieurs heures de crapahutages m’avaient fait découvrir un endroit convenant assez bien pour m’installer. C’est à moins de deux kilomètres de là où la voiture c’est arrêté mais le chemin est tout en monté. Il me faudra sans doute pas moins de trois aller-retour pour transporter mon équipement.

Je dis au-revoir et un grand merci à Pawel et son père dont le nom de ce dernier m’a échappé ; La voiture s’éloigne et voilà que je me retrouve seul, seul pour quarante jours où je ne vais devoir compter que sur moi-même. Le moment est émouvant et en même temps très effrayant.

Durant cette aventure, comme depuis ces deux dernières années de marche, j’ai tenu un journal de bord jour par jour. Ce journal le voici.

 

Dimanche 29 mars 2015 – 1 er jour 

Il est plus de dix-huit heure, la nuit arrive dans moins de deux heures et je dois me dépêcher afin de monter mes quatre-vingt kilos de matériel et vivres.

Je commence le premier voyage sous une pluie glaçante et un sol recouvert d’une horrible neige de fin de saison dont chaque pas est un effort éprouvant.

Je monte progressivement sur le sentier puis le quitte trente minutes plus tard pour rejoindre l’endroit choisit. Le sol est en pente et il me faut trouver un emplacement pour planter ma tente. Je finis par en découvrir un et monte ma toile au plus vite. Je balance tout le contenu de mon sac à dos à l’intérieur et redescends à mon point de départ.

Deuxième chargement, je charge à plus de trente-cinq kilos, le dernier trajet en sera moins fatiguant.

La nuit est tombée et le brouillard en est devenu plus intense ; J’arrive complétement harassé et trempé, dépose tout puis repars une dernière fois en bas.

Je me perds complétement au retour. Impossible de retrouver ma fichu tente dans cette brume obscure; La frontale sur le chapeau je parcours durant près de vingt minutes la forêt, montant et descendant, titubant de fatigue, lorsque enfin je l’aperçois. Quelle soulagement.

Un cri d’animal strident me fait dresser les poils, les arbres autour gémissent sous la pluie et le vent, des ombres de rochers m’apparaissent dotées de pattes et de griffes, merde mais j’ai vraiment peur.

L’intérieur de ma tente est un gros foutoir mais au moins tout est sec et je suis à l’abri. Dire que j’ai longuement hésité à prendre cette tente.

J’aime tellement cette dernière, j’ai dus passer pas moins de deux cent cinquante nuits à l’intérieur et lorsque je m’y trouve le soir, j’ai cette impression de retour à la maison ; C’est mon dôme de bonheur et de sécurité.

J’allume une bougie et range méthodiquement ma précieuse cargaison.

Vivre en cabane comme je vais le faire implique trois listes dont chacune d’entre elles restent complétement personnelles ; Il n’y en a pas une pareille et il n’en existe pas de meilleures.

Le matériel, la nourriture et les livres. Voilà tout ce qui comptent. Elles ont leur importance, la première vous nourrira, la deuxième vous aidera à vous abriter et à vous chauffer, et la dernière vous offrira une compagnie à tout instant.

Mais laissez-moi vous les livrer dans le détail :

 

Matériel pour quarante jours de cabane

Beaucoup d’hésitations à propos de cette liste, des envies par moments de prendre plus ou moins mais j’ai finis par trouver un juste milieu sans trop m’encombrer.

Le coût de ces achats s’est élevé à environ 130 euros.

  • - Une hache moyenne (fer de un kilo)
  • - Une scie repliante
  • - Une bâche en plastique transparente 5m X 3m
  • - Un seau en aluminium de 15 litres
  • - Un bidon plastique de 3 litres
  • - Une pierre à affuter (deux différents grains)
  • - Un gros couteau à lame fixe
  • - Une lame de scie de bucheron flexible (50 cm)
  • - Une pelle américaine
  • - 3 kg de bougies
  • - Deux mètres de gouttière en zinc (prévu au départ pour la cheminée, je ne m’en suis finalement pas servi)
  • - Un trépied fait maison
  • - Quatre bobines de ficelle de jute
  • - 50 mètres de cordelette fine (2 mm)
  • - 50 mètres de cordelette fine (4 mm)
  • - 10 mètres de corde solide (8 mm)
  • - Une gouge à bois de 20 mm
  • - Un ciseau à bois droit de 30 mm
  • - Du scotch puissant
  • - Quelques serviettes
  • - Une petite louche en aluminium (trouvé dans une poubelle)
  • - Une carte du coin
  • - Des carnets d’écriture
  • - Du fil de fer

 

Cela en ajoutant le matériel que j’ai en permanence sur moi lorsque je marche (moins celui que j’ai laissé à Jeseník que je reprendrais au retour), à savoir :

  • - Un sac à dos de montagne de 85 L
  • - Un duvet synthétique grand froid
  • - Un matelas en mousse isolante
  • - Une tente
  • - Une lampe frontale
  • - Un réchaud à bois
  • - Une popote en titane de 0,9 L
  • - Une boussole
  • - De bonnes chaussures de montagne
  • - Une veste, gants et un pantalon gore tex
  • - De bons habits chaud (collants, pull et tee short mérinos – caleçon, chaussettes, tee short synthétique – gants et cagoule polaire)
  • - Un chapeau en cuir
  • - Un thermomètre
  • - Un couteau suisse
  • - Une trousse pharmacie
  • - Une trousse toilette
  • - Une trousse réparation-couture
  • - Un porte carte étanche
  • - Carnets + stylos
  • - Une bouteille plastique de deux litres
  • - Un appareil photo (Lumix ft 5) + batterie de rechange
  • - Un mini trépied
  • - Un téléphone portable
  • - Une liseuse électronique
  • - Un mp3
  • - Un panneau solaire pliant de 1200 mA + batterie de 4800 mAh
  • - Un harmonica diatonique
  • - Une flute irlandaise

 

Nourriture pour quarante jours de cabane 

Similaire pour le matériel au niveau des hésitations, je me suis quand même décidé à mettre un certain point d’honneur à la cuisine mais en gardant des aliments simples, équilibrés et bons marché.

Le coût a été de 120 euros (fidèle à mes 3 euros/jour)

  • - 5 kg de riz
  • - 2 kg de pates
  • - 2 kg de Sarazin (j’ai confondu avec les lentilles)
  • - 6 kg de farine
  • - 3 litres d’huile d’olive
  • - 5 kg de miel
  • - 3 kg de porridge
  • - 3, 5 kg d’oignons jaunes
  • - 0,5 kg d’ail
  • - Levure
  • - 1, 5 kg de sel – poivre – épices – cubes or
  • - 4 soupes instantanées
  • - Thés (fruits rouges-noir-citron-pomme cannelle-vert)
  • - 1,5 kg de biscuits
  • - 1 kg de chocolat (lait-noir-noisette)
  • - 1 kg de raisins sec
  • - 0, 5 kg d’amandes
  • - 0,5 kg de lait en poudre
  • - O,5 kg de nesquik (on reste enfant toute sa vie)
  • - Vitamine C

 

Bibliothèque de livres pour un séjour de cabane en solitaire 

En cabane les livres sont aussi important que la nourriture, ils deviennent une source d’évasion, de réflexion et de rêves. Dans ce contexte ils constituent un voyage dans le non voyage.

J’ai la chance d’avoir une liseuse électronique contenant une bibliothèque assez impressionnante. Pour le voyageur itinérant ce petit gadget est une invention des plus révolutionnaire dont je recommande à tout le monde.

  • - Harry Potter (l’intégral français et anglais), J.K. Rowling
  • - Game of throne, Georges R.R. Martin
  • - Jack London, Œuvres majeures
  • - Jules Vernes, Œuvres majeures
  • - Le seigneur des anneaux, J.R.R. Tolkien
  • - Bilbo le hobbit, J.R.R. Tolkien
  • - A marche forcée, Slawomir Rawicz
  • - Sauvage par nature, Sarah Marquis
  • - Des pas dans la neige, Erik l’Homme
  • - Conquérant de l’impossible, Mike Horn
  • - Avec mes chiens, Nicolas Vanier
  • - Sur la route, Jack Kerouac
  • - La vallée sans hommes, Roger Frison-Roche
  • - Into the wild, Jon Krakauer
  • - Premier de cordée, Roger Frison-Roche
  • - Peuple chasseur de l’arctique, Roger Frison-Roche
  • - The man who lives with wolves, Shaun Ellis
  • - Arnaldur Indridason (l’intégral)
  • - Millénium 1, 2 et 3, Stieg Larsson
  • - Vingt ans dans la forêt, Roger Chevrier
  • - Le philosophe et le loup, Mark Rowlands
  • - Le jour où j’ai appris à vivre, Laurent Gounelle
  • - Walden ou la vie dans les bois, Henry David Thoreau
  • - La nature comestible, Burraws Lan
  • - Un an de cabane, Olaf Candau
  • - Vendredi ou les limbes du pacifique, Michel Tournier
  • - Robinson Crusoé, Daniel Defoe
  • - Le robinson suisse, Johan David Wyss
  • - Oscar et la dame rose, Éric Emmanuel Schmitt
  • - Contes d’Andersen
  • - Les fables de la fontaine
  • - Les contes de Grimm
  • - Michael Connelly (l’intégral)
  • - Jean Christophe Grange (l’intégral)
  • - Fred Vargas (quelques-uns)
  • - Petit traité sur l’immensité du monde, Sylvain Tesson
  • - S’abandonner à vivre, Sylvain Tesson
  • - Une vie à coucher dehors, Sylvain Tesson
  • - Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson
  • - Le manuel de la vie sauvage, Saury Alain
  • - Le manuel de survie de l’armée canadienne
  • - Le petit livre des champignons, Charles Zettel
  • - Le philosophe qui n’était pas sage, Laurent Gounelle
  • - Le petit prince, Antoine de St Exupéry
  • - Africa trek, Alexandre et Sonia Poussin
  • - Le mystère des dieux, Bernard Werber
  • - La voix de la terre, Bernard Werber
  • - Le sens du bonheur, Krishnamurti

 

Je m’endors ce soir encore tout impressionné, en percevant des bruits de pas d’animaux à travers la pluie battante.

 

Lundi 30 mars 2015 – 2° jour

Je me réveille assez tôt puis après un petit déjeuner de quelques biscuits je sors dehors. La pluie a enfin cesser et le brouillard est partit, je retrouve le lieu où j’étais venu il y a quelques jours.

La forêt forme une pente au milieu de grands résineux, une belle rivière coule en aval et une vue plutôt agréable m’est offerte. En tout premier lieu il me faut trouver un emplacement convenable à la construction de mon abri.

Je parcours donc les environs pendant une bonne heure cherchant l’endroit le plus adapté. Et ce n’est pas facile, surtout du fait de cette pente ne me laissant pas énormément de choix.

Un coup de cœur me fais décider finalement pour une place assez plate, à moins de soixante mètres de la rivière et une centaine du sentier ; Un gros pin à la racine biscornue formera l’entrée.

On commence une cabane comme on fait l’amour à une personne : On sait à peu près la finalité mais on ignore tout du temps que cela va prendre et des péripéties et idées qui vont se découler entre le début et la fin.

J’ai toujours adoré les cabanes ; Durant mon enfance j’ai passé plus de temps d’en celles-ci que dans ma propre chambre, et le marteau, les clous et les cordes ont été des compagnons que je préférais largement à la Nintendo et fringues de marques.

A vrai dire si j’ai choisi de devenir menuisier c’est que je voulais passer ma vie à en construire ; Ce que j’aimais là-dedans c’est qu’il n’existait aucune normes de construction, aucun schémas préétablis, aucune marche à suivre si ce n’est celle de son cœur. Tout se construit à l’instinct bordé par du rêve.

Je vous laisse imaginer ma grande déception lorsque à mon premier cours de menuiserie j’ai appris qu’il existait des règles et des plans pour tous types de meubles ou maisons.

Construire une cabane c’est déverrouiller et ouvrir les portes de son imagination dans le plus grand et fabuleux atelier du monde : La nature. Absolument tout devient possible car on découvre progressivement que notre créativité est tout bonnement infini.

Le beau et le moche ne rentre même pas en compte car à nos yeux tout n’est que art, rudimentaire certes, mais cela n’en reste pas moins.

Si j’ai toujours eu du mal à discerner l’impossible du possible cela est dut à toutes ces années perchées dans les arbres, maniant les couteaux, les scies et les haches. J’en profite d’ailleurs pour remercier mon oncle Alain dont son entreprise de maçonnerie voisine de chez moi a pu me fournir, sans qu’il le sache toujours, les différents matériaux dont je pouvais avoir besoin.

Je commence par creuser le sol afin de niveler le terrain. La terre est molle, pleine de racines et de gros rochers qu’il me faut extraire à chaque fois. Je suis bientôt couvert de terre.

La grêle arrive puis une forte neige. Je persiste encore quelques temps avant de rentrer dans ma tente pour me reposer.

Je reprends alors que la neige a cessé. Le terrain prend forme petit à petit, ma pelle américaine ne fait que de se dévisser, j’aurais dus en prendre une de meilleure facture.

Le placement de ma cheminée se décide par lui-même à cause d’un petit rocher fixe dont plusieurs pierres empilées à côté en forme l’âtre. Un petit pressentiment en revoyant la neige revenir me saisit : Les pierres plates abondent tout autour et peuvent être très utiles, que ce soit pour le sol ou la cheminée. Si la neige devient trop importante il me sera impossible de les prendre. Je passe plusieurs heures à leur recherche et en ramène une bonne trentaine. Les débusquer est assez difficile car elles sont souvent recouvertes de mousse et autres rochers mais je prends le coup d’œil rapidement.

Je me concentre ensuite sur la cheminée et à l’aide de beaucoup d’efforts de pelle et de manutention de pierres, j’en construit la base. Je suis très fière du résultat. La nuit arrive, je pars à la rivière nettoyer outils et vêtements puis rentre au chaud dans mon bon duvet moelleux en compagnie de mes livres.

La neige ne s’arrête plus, je commence à redouter les prochains jours. Faire du feu n’est pas possible, aussi je me contente d’un bol de porridge froid aux raisins secs.

Je passe le reste de la soirée à rêvasser à propos de ma cabane tout en lisant quelques chapitres de Harry Potter.

 

Mardi 31 mars 2015 – 3° jour

Je me fait réveiller par une obscurité et une humidité anormale. La tente est en fait entièrement recouverte de neige et croule littéralement sous son poids. Je sors dehors, des rafales de vents charriant de gros flocons m’empêchent presque de m’extraire de la tente. C’est le petit matin et le sol est déjà recouvert de plus de vingt centimètres de neige. J’enrage tandis que je déblais à la pelle l’extérieur de ma toile. Je retourne très vite dans mon sac de couchage tant il fait froid.

Ne pouvant pas sortir j’attends, j’attends… Toute les dix minutes je dois taper les parois afin de virer la neige accumulée.

Vers quatorze heure, enfin, cela se calme et je peux retourner à mon « chantier », se situant à moins de cent mètres.

Tout est recouvert de trente centimètres de poudreuse ; Je me félicite d’avoir sortis les pierres plates hier. Même pour le nivelage je n’ose même pas imaginer ce que j’aurais fais dans ces conditions.

Je pars prêt de la rivière en quête de perches de bois qui me serviront à faire la structure.

Il est très dur de se déplacer dans la forêt et je ne fais que tomber et m’enfoncer dans des crevasses de rochers recouverts de neige.

Etant déjà bien trempé j’enfonce encore le couteau en abattant une vingtaine de petits bouleaux et hêtres bien droit. Glissant et titubant je réussi non sans peine à ramener mon butin à l’emplacement de la cabane.

Je commence à déblayer à la pelle la neige tout autour et entreprends de visualiser la disposition de mon futur abri ; J’adore cela. Mais un orage me sort de ma réflexion en m’obligeant à vite retourner dans la tente. Tonnerre, éclairs, grêle et pour finir encore de la neige.

Tout l’intérieur de ma tente est humide et je ne n’évoque pas mes habits et chaussures.

Je me surprend à vraiment souhaiter que la cabane prenne forme et puisse être habitable. Trois jours déjà que je me nourris au porridge froid. L’eau est à moitié gelé, cela met quelques bouts de glace dans la mixture pour un semblant de croquant. Il vaut mieux en rigoler.

 

Mercredi 1 avril 2015 – 4° jour

Je ne peux sortir que vers onze heure. Mes chaussures sont tellement humide et gelées qu’elles forment une croute de glace de cinq millimètres sur la surface de cuir. La marche m’offrait la possibilité de créer une certaine chaleur dans l’effort réchauffant pieds et chaussures ; Pour la vie « immobile » en nature, c’est tout autre chose.

Je commence à monter ma structure avec les perches ramené la veille ; Tout prend un temps infini, il faut les tailler en pointe, les enfoncer profondément, attacher par de solides nœuds chaque traverses.

La méthode de construction d’une cabane doit se faire en fonction de quelle type de vie on envisage et de la durée souhaité.

Etant donné que je ne resterais que quarante jours je me donne environ une semaine de construction ; Bien entendu je ne peux pas me permettre de tout construire avec de solides assemblages et des murs en rondins. Je vais devoir me contenter d’un travail simple, rapide et solide pour un temps.

Mes perches toutes gelées et pleines de neige sont inconfortables à manier. Trois heures plus tard je rentre me réchauffer car mes pieds sont affreusement gelées, je mets presque une heure à les ressentir en les frictionnant.

Je m’acharne tout l’après-midi avec la structure qui s’élève progressivement. Cela devient intéressant, il faut réfléchir à l’entrée, la pente du toit, la cheminée…

Une fois fini je déroule ma grande bâche transparente de cinq mètres par trois. Les dimensions conviennent parfaitement, je n’ai même pas besoin de découper. Je la fixe à l’aide de cordes et de gros scotch, cela semble fragile mais ce n’est que temporaire jusqu’à demain.

En fin de journée j’ai enfin mon toit, j’ai tellement hâte que ce soit vivable.

Je retourne à la tente, mes pieds semblant être pris dans un étau de glace.

J’arrive à me faire un petit feu où j’en profite pour me faire cuire des bonnes pates avec une moitié d’oignons. Quel bonheur une fois au chaud de pouvoir enfin manger un plat fumant.

Je suis vraiment confiant pour ma cabane, par contre une mauvais chute dans une petite crevasse tout à l’heure me cause une grosse douleur à l’articulation du genou gauche. On verra bien.

 

Jeudi 2 avril 2015 – 5° jour

Il neige dru et ce n’est que vers quatorze heures que je peux enfin sortir. La journée va être rapide.

Ma tente étant presque enseveli, je la déblaye puis pars à la cabane. La suite est simple : Tout recouvrir de branches de sapin. Il va m’en falloir des quantités astronomiques.

Et encore une fois ce qui peut paraître simple et rapide au premier abord ne l’est jamais lorsque l’on est seul en nature, dans des conditions difficiles et avec des outils rudimentaires.

Je repère un endroit situé à une centaine de mètres en amont où une petite forêt de jeunes sapins se trouve.

J’en abats trois de cinq mètres dont je coupe les branches et les empilent en un gros tas. Il faut les remorquer maintenant ! A l’aide d’une bonne corde en nœud coulant, j’en fais des ballots serrés que je tire sur la poudreuse. Je galère énormément pour le premier mais je trouve vite le rythme une fois la neige de mon passage bien tassée.

En sept aller-retour tout est amené. Je commence par recouvrir une partie du toit mais je dois rentrer car la nuit est presque tombée et mes pieds trop gelés.

A peine je finis de cuire ma tambouille que la neige revient. Mon genou gauche est vraiment douloureux, surtout en fin de journée. Je n’aurais jamais crus du temps qu’il me faudrait pour construire cette cabane. Mais cela avance c’est le principal.

 

Vendredi 3 avril 2015 – 6° jour

La neige a sévit la moitié de la nuit en grande quantité, je devais secouer la toile chaque heure.

C’est dingue à quel point j’aime la vie sous la tente ; A l’intérieur de celle-ci, l’endormissement et la rêverie prône en maitre.

Je peux sortir tôt ce matin, une bonne journée est devant moi.

Bien que le toit ayant protégé de la neige il n’en reste que la surface intérieur de ma cabane est encrouté d’une couche de neige compacte et tassée. Je commence par tout dégager à la pelle, ce qui me prend un effort et un temps important. J’avais de plus disposé mes pierres plates à même le sol à l’extérieur et la neige ayant aussi tout recouvert je joue pendant plusieurs heures à une chasse aux rochers consistant à essayer de sonder les quelques quatre-vingt centimètres de neige puis creuser afin de dégager chacune de mes précieuses pierres. Cela m’apprendra à ne pas les avoir protégé.

Je commence ensuite à remplir mes murs mais constate très vite qu’il va me falloir deux à trois fois plus de branches de sapin de la quantité que j’en ai ramené hier.

J’abats trois autres arbres, collectes les branches et ramène tout en plusieurs aller-retour. Il m’a fallu refaire la trace dans la neige, j’en suis exténué.

Ma cabane prend vite forme passé ce point ; J’empile chacune de ces branches, les attaches, et j’ai enfin quatre murs et un toit.

Je pars ensuite à la rivière afin de couper des perches. La couche de neige étant devenu très épaisse il est vraiment fatiguant de marcher, surtout en montée et descente. J’ai la moitié de toutes les peines du monde à couper mes perches et à les regrouper, et l’autre moitié à les remonter, spécialement avec la douleur de mon genou qui m’arrache une grimace à chaque mouvement. Je trouve une technique assez efficace consistant à faire une sorte de chaine tout seul, c’est-à-dire à balancer chaque bois de quelques mètres, avancer jusqu’à ces derniers puis recommencer autant de fois nécessaire jusqu’à la cabane.

Je passe le reste de la journée à faire la structure de l’entrée et de la cheminée.

Il y a tellement de chose à faire lorsque l’on débute à partir de presque rien. Tout prend du temps, tout est exténuant.

 

Samedi 4 avril 2015 – 7° jour

Que c’est dur de ce lever le matin lorsque l’on est tranquillement au chaud dans sa tente alors qu’il fait moins cinq degrés en dehors du sac de couchage. Mais le beau temps est présent et il vaut mieux en profiter.

Je pars me faire une razzia de branches de sapin pour une troisième fois. J’ai vraiment pris le coup de main et en moins de deux heures j’ai une grosse pile ramenée.

J’entasse tout pour mon entrée et en réserve la moitié pour mon futur lit. Je me rend une fois de plus à la rivière pour une quinzaine de perches nécessaires à la fabrication de ce dernier.

J’allume ensuite mon premier feu dans ma cheminée ; Quelle image fantastique cette lueur de flammes dans ma cabane. Mais l’évacuation de la fumée pose quelques problèmes et je suis bientôt enfumé. Je vais devoir tout rebâtir, et cette fois en plus imposant et sécurisant.

Conscient qu’il me faudra bientôt du bois de chauffage, j’utilise la fin de l’après-midi à me fabriquer une scie de menuisier avec la lame que j’avais acheté. Le premier essai de ma scie ne marche pas, la lame n’est pas assez maintenu, le deuxième essai est un peu plus concluant mais le cadre casse, et à la troisième tentative je réussi enfin à produire quelques chose de très acceptable et solide. Il m’aurait fallu pas moins de trois heures.

Je pars ensuite abattre des arbres morts. Mais je m’y prend mal : Utilisant ma scie repliable sur un tronc bien trop gros, celui-ci au lieu de tomber au sol, se contente de se coucher contre un autre arbre. Maugréant j’en coupe un autre de même gabarit mais ce dernier décide d’imiter son grand frère en se couchant de la même façon contre un arbre voisin. Note pour moi-même pour plus tard : Supplier un tronc ne marche pas.

Décider à en abattre au moins un je persiste avec un troisième et dans ma hâte un mouvement un peu trop brusque vrille ma scie et la lame casse net. Je prends conscience qu’il ne me reste désormais que ma scie de menuisier et que si celle-ci venait à se briser je n’aurais plus aucun outil afin de couper du bois.

Le trappeur, l’ermite, le robinson, tous possèdent le temps, vouloir l’accélérer n’a aucun sens. Que je suis ignorant, débutant, mais cela me servira de leçon. Prendre soin de ces outils et travailler d’une main sûre et lente voilà le domaine dans lequel il me faudra m’améliorer au cours des prochains jours.

Je passe ma soirée prêt de mon feu, à faire sécher mes chaussures, à manger un bol de sarrasin et à aiguiser ma hache.

J’ai appris aujourd’hui que j’ai tout à apprendre et j’en suis heureux ; Vivre seul dans la nature est décidément une belle leçon d’humilité. Et pourquoi d’ailleurs ? Tout simplement car tout est trop puissant pour espérer vouloir tout contrôler, la solitude nous oblige à faire de multiples erreurs mais à chacune d’elles il nous apparait dans l’impossibilité de trouver un coupable, une personne à qui en vouloir. On a beau essayer d’en chercher il n’y que vous et vous seul étant responsable de l’événement. L’accepter est une marche gravit en plus sur l’escalier de la vie, la refuser est une dégringolade n’amenant que de nouvelles erreurs plus dangereuses et lourdes de conséquences.

La première semaine s’achève, l’absence de contacts humain ne me touche pas encore ; J’ai tant à faire que je ne m’en préoccupe pas du tout.

 

Dimanche 5 avril 2015 – 8° jour

Je commence la journée résolu de bien avancer ce jour-ci.

J’aime bien le labyrinthe de voies que j’ai établi à force de passages dans la neige, je n’ai qu’à suivre un de ces chemins aveuglement lorsque je veux aller chercher soit des perches, soit du bois de chauffage, soit des branches de sapin, soit de l’eau de la rivière ou encore retourner à la tente.

Je me concentre sur la cheminée toute la matinée : J’enlève les pierres existantes, creuse, puis remonte tout en doublant la hauteur et en scellant l’ensemble avec de la glaise.

Le résultat est fabuleux, classe, beau, pratique, je ne me lasse plus de le regarder. Le test est concluant, la fumée s’évacue normalement. Après m’être une fois de plus réchauffer les pieds je m’attèle à la fabrication de la porte. J’opte pour une solution simple et rapide consistant en un grand cadre bourré de branche de sapins dont je suspend à la manière d’un pont levis inversé. Un crochet en bois sert à maintenir la porte en position ouverte.

Le gros œuvre de mon abri se termine donc, bien qu’il me restera beaucoup à faire à l’extérieur.

Qu’a donc besoin l’ermite au niveau du mobilier ? Dans son espace réduit d’une pièce il lui faut aménager sa vie en fonction de ces besoins simples.  Une cheminée pour se chauffer et faire cuire sa nourriture en premier lieu, un lit pour dormir en second, vient ensuite une chaise pour s’asseoir, une table pour écrire puis un meuble étagère afin de stocker outils et nourriture.

Je me concentre donc sur la fabrication de mon lit, celui-ci devant être assez solide. Je commence par sélectionner les meilleures perches, les couper, les tailler en plat au niveau de l’assemblage puis de construire trois rectangles tenus par de bons breulages scout. C’est très long, mais cela avance au crépitement du feu à mes côtés. Je commence à m’apercevoir que je vais bientôt manquer de cordages… Je vais devoir faire attention et utiliser d’autres principes de fixation.

Ayant besoin de bois de chauffe, je pars en quête de nouveau troncs morts.

Je ramène deux beaux pins dont j’en débite quelques buches. Sans support sur lequel les couper c’est assez dur, il va me falloir réfléchir à cela bientôt.

Cette nuit-là est ma dernière dans ma tente, mon lit sera normalement terminée demain et ma cabane deviendra dès lors habitable.

 

Lundi 6 avril 2015 – 9° jour

Je pars dès le matin afin de me ravitailler en perches ; il n’en reste pas beaucoup sur place et la perte de ma scie repliante est assez handicapante.

La neige arrive après ces quelques jours d’absence et je rentre travailler à la cabane.

Plusieurs heures me sont nécessaires afin de finir mon lit mais je suis très content du résultat final. Je le dispose de façon à ce que je m’endorme le regard sur l’âtre de la cheminée .

Une pile de branches de sapin en guise de moelleux matelas fait l’affaire.

Je transporte ensuite tout le reste de mon matériel de ma tente jusqu’à la cabane. Je tris, protège, trouve une petite place à chaque objets. Ma cabane gagne en beauté.

Ma scie de menuisier a encore des ratés et je prends le temps de la refaire une quatrième fois. Cette fois la lame est maintenu très fortement au centre du bois dont j’ai fendu délicatement avant de le resserrer à l’aide de cordes et de fil de fer.

Mon couteau ripe et entaille un de mes doigts de la main gauche pratiquement jusqu’à l’os ; Moi qui l’avait affuté toute la soirée d’hier je suis au moins sûr que le tranchant coupe.

Ca pisse le sang, je compresse avec de la neige tandis que je sors gauchement ma trousse de secours. Avoir eu une mère infirmière sert bien dans ces cas-là. Un gros bandage rejoint ma blessure, ça me fait un mal de chien.

Ce doigt de cette main gauche à tout reçu au cour de sa vie : Une entaille de machette, un coup de scie de bucheron, de multiples brulures et coupures et maintenant le couteau en poursuit la collection.

Je finis de tout ranger puis passe la soirée à débiter un tronc d’arbre en buches. La neige se mut en petite tempête et alors que je repars pour ma tente afin de terminer de la vider je la retrouve devenu un gros igloo et croulante de poudreuse.

C’est ma première soirée dans ma cabane ce soir-là, j’en suis intimidé et tellement heureux. Le feu flambe, je le regarde en mangeant un plat de riz à l’ail-curry délicieux. Le froid est présent bien sûr, les parois en branches ne sont pas encore assez épaisses et laissent une grande place aux courants d’air et à l’évacuation de la chaleur. Mais je m’en fout, les beaux jours vont bientôt arriver et les températures ne tarderons pas à augmenter.

Je me couche sur mon beau lit, j’entends le vent hurler à l’extérieur et je me pelotonne ronronnant de plaisir tandis que tout l’intérieur de ma cabane est illuminé par les flammes dansantes et crépitantes. Le plus dur est passé, je vais enfin connaître la vie d’ermite.

 

Mardi 7 avril 2015 – 10° jour

La nuit a été glaciale et je tarde au réveil contemplant ma pièce dans un sentiment proche de l’adoration.

Que vais-je faire aujourd’hui ? J’ai subitement envie de passer plusieurs jours paisibles où je pourrais m’approprier ma cabane en toute liberté.

Un bon petit déjeuner s’impose maintenant que je possède une demeure et une cheminée.  Un porridge au miel ainsi qu’un bon chocolat chaud fait l’affaire.

Afin d’éviter les aller-retour à la rivière pour l’eau je remplis de neige mon grand seau en aluminium que je laisse fondre devant l’ouverture du foyer.

Dehors il fait beau et froid, la neige est molle et fond lentement le long de mes murs en formant de longs stalactites.

Je commence la journée par un temps de coupe de bois. Affamé après cet effort je me décide à commencer la fabrication de pains. J’ai emporté pas moins de six kilos de farine, j’espère sortir de cette vie d’ermite en ayant quelques notions de boulangerie !

Ça commence mal déjà, la levure que je me suis procuré n’est pas la bonne. Ecrit tout en tchèque j’ai malheureusement confondu. Mais ce n’est pas grave, je devrais bien réussir à faire quelque chose.

Je pétris ma pate et invente un petit système assez marrant pour la faire cuire : Lui ayant donné une forme d’une longue corde, je l’enroule en spirale autour d’un bâton à la manière d’une brochette que je pose à côté des braises en la tournant de temps en temps. Quinze minutes plus tard c’est prêt ! ça croustille et l’odeur du pain me dilate les narines. C’est vraiment bon, surtout après avoir fourré une bonne cuillérée de miel dedans.

Je me refais deux autres « serpentins » que je garde pour le lendemain matin.

Le jour décline lentement tandis que je bois le thé en lisant du Tolkien. La cheminée fume un peu, cela dut au vent qui a subitement changé de direction ; Il va me falloir la monter un peu plus au niveau de la sortie.

Ma blessure de la veille est affreusement douloureuse, heureusement que mon stock de bandages est important.

Une bougie me sert d’éclairage ce soir ; Ma cheminée est décidément vraiment trop grosse et ouverte pour arriver à réchauffer la pièce. Mais sa beauté l’en pardonne.

C’est incroyable que dix jours sans voir personne ne m’apparaissent en rien dérangeant. Cela me laisse sans voix. L’étendu du globe de ma vie semble s’être rétréci à un point encore plus petit que lorsque je suis en marche-nomade.

Je mange mon diner en silence encore et toujours hypnotisé pas le seul être vivant autour de moi : Les flammes.

 

Mercredi 8 avril 2015 – 11° jour

C’est marrant cela fait déjà trois nuits que je fais le même rêve : Celui de recevoir des nouvelles, de vérifier sa boite mail, de recevoir un appel, de relever une boite aux lettres. Pourtant lorsque je me réveille c’est précisément la dernière chose dont j’aimerais recevoir. J’ai choisi de ne passer aucun coups de téléphone durant la durée de mon séjour dans cette forêt ; Ma famille se contente d’un texto par semaine.

Je rallume le feu, mon seau plein de neige déposé avant de me coucher hier à fondu et je commence cette journée par comme toujours, un bon chocolat chaud.

J’ai besoin de bois de chauffage en bonne réserve. Je vais consacrer ce jour pour cela.

J’aime les haches c’est un fait ; Armé d’une dans une forêt me fait complétement oublié ma qualité d’adulte et me transforme en un véritable enfant les yeux pétillant de joie et de malice.

Bon l’idée est de ramener un maximum d’arbres mort près de mon « chez-moi ». Tout ceux à terre sont soit recouvert de neige, soit pourris, il faut donc abattre ceux qui sont mort mais tenant encore debout.

L’expérience des derniers jours m’a montré trois choses : De une il convient de ne pas prendre forcément les plus grands et les plus gros arbres, ceux-ci étant dur à scier, à déplacer et leur chute au moment de l’abatage ayant une plus forte chance de se faire stopper par des arbres voisins ; De deux qu’il faut de préférence les choisir en amont de sorte à ce qu’il soit plus facile à ramener ; Et de trois que à chaque action son outil et à chaque outil son action, rien ne sert d’utiliser une scie pour coucher un arbre car le risque de briser et d’endommager la lame est trop grand. La hache est pratiquement incassable et convient pour cette usage. Je pars désormais sur le principe que tout arbre d’un diamètre supérieur à cinq centimètres se doit d’être abattu avec ce dernier outil.

Je me défoule donc pendant plusieurs heures à tomber plus d’une dizaine de beaux résineux dont je les recoupe sur place en morceaux de trois mètres que je ramène.

Je suis vraiment impressionné de la quantité de bois que j’ai, à vue de nez une dizaine de jours de chauffe.

Affamé je mange quelques biscuits et un thé brulant avant de repartir travailler. Je coupe à la scie jusqu’au crépuscule des petits rondins de quarante centimètres.

L’ermite n’a aucun besoin de stupides sports d’entretien, toute ces actions et activités nécessaire à sa survie lui demande un travail physique constant lui apportant une condition optimale au niveau de son corps.

Privé de machines l’ermite compense par l’effort et de sa force qui croît de jour en jour.

Point n’est besoin d’aides mécanisées lorsque le gain de temps n’est plus l’objectif.

Je n’ai pas regardé l’heure depuis deux jours et je me fous complétement de la connaître, tout ce que je sais c’est que je suis content, ma pile de bois coupée augmente lentement mais surement et je vois cela comme un véritable trésor.

Je fend la moitié puis garde l’autre pour demain. Je charge le feu trois fois plus que les fois d’avant, la chaleur monte d’un coup et il me faut un énorme effort afin de m’arracher de cette contemplation.

Ail, oignons, pates, cube or, poivre, dix minutes sur le feu et je délecte ce plat dans les ténèbres rougeoyant. Un thé en dessert, trempé par quelques carrés de chocolat noir. Pourquoi la vie me parait-elle tout d’un coup si simple , le bonheur si proche, la paix intérieur si présente, tout cela alors que je suis loin des hommes et terré dans la forêt.

Cette journée se termine encore, si je n’avais pas ce journal, je crois qu’il me serait impossible de relater mes derniers jours tant tout est mélangé dans une grande marmite de joie profonde.

Le feu s’achève à mesure que je termine ces lignes, le vent souffle dehors, le bruit de la rivière m’accompagne à tout instant en me berçant, les pierres formant ma cheminée sont chaudes et vont me permettre de faire sécher quelques affaires pendant la nuit, mon seau de neige est à moitié fondu. Tout est utilisé. Tout est apprécié car tout est mérité.

 

Jeudi 9 avril 2015 – 12° jour

Mon panneau solaire n’a décidément pas à se plaindre, taper bronzette toute la journée en se gavant de bons rayons étant destinée à charger mes divers appareils électroniques, cela en faisant face à la vue des montagnes voisines.

Je commence à me trouver un rituel pour le début de mes journées. Le chocolat chaud, le pain ou le porridge, une à deux heures de lecture près du feu puis je sors dehors pour le travail quotidien.

Je me remet à la flute aussi, ce petit instrument que je trimbale dans mon sac depuis un an ; La musique amène une touche de joie supplémentaire.

Je débite un beau tronc bien sec en petit pull ; La neige devient molle et commence à fondre, c’est motivant.

Je déjeune de pains-serpentin en lisant le manuel de survie de l’armée canadienne. Je me consacre au chapitre traitant de la chasse et de la préparation du gibier. Cette partie de la vie d’ermite, je ne l’ai pas oublié, je pense attendre encore quelques jours avant de m’aventurer dans les alentours pour la pose de pièges. Il est pratiquement impossible en ce moment de se lancer dans le bush sans une paire de raquettes, la neige étant encore trop profonde. Il aurait été possible d’en fabriquer bien entendu, malheureusement le manque de ficelle m’empêche de pouvoir le faire.

Mais je ne suis pas pressé de tuer mes « colocataires » de forêt, j’ai assez de nourriture pour encore un bon mois et vivre végétarien est une nouvelle expérience plutôt intéressante.

Durant l’après-midi je me lance dans la construction d’un tabouret que je réalise sans corde.

Choisissant une belle buche, je la fend en deux et creuse quatre trous à l’aide de ma gouge pour l’emplacement des pieds. Je prépare ces derniers et les enfonce au maillet. Puis avec un simple ciseau à bois droit, je dresse le plat destinée à recevoir mes deux miches.

Les copeaux voltigent devant mon feu le moment est très beau. Je me sens vivant de renouer avec mon métier de menuisier ; Celui-là en lui-même n’a pas grand-chose d’intéressant à notre époque : Les matériaux ne sont plus les mêmes, la vitesse prend la place de la joie d’un ouvrage réalisé avec lenteur et perfection, le travail à la chaîne a eu le dessus sur l’unique. Ce que j’ai vraiment aimé dans cette profession c’était cette capacité à pouvoir tout fabriquer à partir d’un simple tronc d’arbre, de voir l’origine du matériaux et d’en faire une chose sans en voir l’interruption.

L’ermite fabrique tout de ces propres mains avec les outils qu’il dispose et des matériaux que la nature daigne à lui proposer. Tout vient de ces mains mais tout commence par l’inspiration. Son mobilier est unique, façonné par le cœur, il ne connait pas la mode, seulement l’utile dans un art personnel.

Ce soir-là, assis fièrement en jouant quelques notes de flute, j’ai soudainement de nouveaux projets de sculptures, de nouveaux meubles, d’ustensiles. Laissons les prochains jours m’inspirer.

Mon feu ronronne depuis l’aube dans sa cage de pierre, je ne me lasse plus de ce spectacle.

 

Vendredi 10 avril 2015 – 13°jour

Le beau temps frappe encore ce matin. Je coupe mon bois une partie de la matinée puis lis au soleil.

La neige fond à une vitesse folle, je peux désormais apercevoir la terre, les racines et les rochers. Finalement le mauvais temps de la première semaine n’était qu’une sorte de bienvenue que la forêt me lançait en signe de politesse, tout en me testant sur ma motivation.

Mes panneaux solaire se gorgent de photons, mon feu de bois, ma gorge de thé, mon estomac de porridge, mes muscles d’efforts et mon esprit de livres.

Je me fabrique une sorte d’établi qui me permettra de coincer une pièce de bois afin de mieux la travailler. Je commence une assiette mais le résultat est plutôt grossier ; Une râpe et quelques gouges plus fines ne seraient pas de refus.

Je termine ce soir « Un an de cabane » de Olaf Candau, un français étant partit dans les années 1990 au milieu des espaces sauvages du Yukon, au Canada, cela afin de se construire une cabane de rondins prêt d’un lac puis d’y vivre tout le reste de l’année en affrontant l’hiver rigoureux. Des rencontres de loups et d’ours, une grande humilité de la part de l’auteur, des erreurs et réussite dans ce mode de vie qu’il nous fait découvrir par sa plume, il est juste un peu dommage que son récit ne comporte pas plus de régularité, on arrive à la fin sans trop savoir si deux mois ou dix ans se sont écoulés.

Lors de ces retours à la civilisation toute les trois semaines pour son ravitaillement il me fait bien rire par cette extrait :

« Après la poste, c’est la douche au camping. Une odeur de feu de bois, de saumon fumé même, se mélange à l’eau chaude. Et j’ai toujours la désagréable sensation de perdre dans les égouts une partie de ma personnalité récemment acquise. Une peau sentant la rose me donne une illusion de dénuement. Ce n’est qu’en retrouvant le chemin de la cabane que les odeurs de la ville me quittent et que celles de la nature se fixent à nouveau »

Il est dingue comme en nature le besoin de se laver est moins important. Ces habitudes que l’on prend de changer de vêtements chaque jour, de prendre une à deux douches quotidiennes, de se parfumer, d’avoir une garde-robe remplissant des placards entiers.

Cela fait un an que j’ai le même caleçon, tee short et pantalon, durant cette période je n’ai changé que deux fois de paires de chaussettes et de chaussures ; Depuis  treize jours que je suis en forêt, je me suis lavé seulement avec de la neige.

Notre corps et donc nos odeurs réagissent avec le mode de vie que l’on adopte. Etant constamment dehors et travaillant avec des gestes lents je transpire moins, ne buvant pas d’alcool, ne fumant pas et consommant des aliments sains et dépourvus de toxines à éliminer telle que la viande (je vous rassure je suis en temps normal un gros carnivore), les mauvaises odeurs sont retardées et celles de la forêt prennent le dessus. J’aime ces dernières qui me donnent cette impression d’appartenance au bush.

Je finis ce très beau récit à la lueur de ma bougie. C’est cela le bonheur de disposer du temps : Celui de pouvoir lire un livre dans la journée et de s’interroger sur lequel va suivre.

 

Samedi 11 avril 2015 – 14° jour

Je commence à reconnaître les oiseaux des alentours, notamment un pi vert tenant absolument à me faire savoir sa joie de vivre dès l’aurore. Qu’il est agréable de s’éveiller par la lumière naturelle et bercé de sons tous différents et beaux. Point de réveil horrible par une sonnerie stridente, point de tracas, d’appréhensions, point d’obligations ou de tâches forcées si ce n’est de couper son bois, point de pollution, point de bruits de circulation. Simplement la pensée d’une nouvelle journée que l’on entrevoit comme un cadeau de la vie, cela malgré le fait qu’elle va surement ressembler à celle de la veille.

Je coupe mon bois en tee short toute la matinée en écoutant du Pink Floyd dans mes écouteurs, ma scie devient l’espace d’un moment une guitare invisible et je me met à danser. Heureusement que la moquerie est un comportement inconnu pour les écureuils et oiseaux.

La neige sur mon versant est pour ainsi dire partie. C’est désormais tellement différent. Je me balade aux alentours en suivant quelques traces de gibiers. Cela fait une semaine que je n’ai pas aperçus d’animaux ; Ils doivent éviter ma place maintenant.

Je trouve sur un gros pin une saignée ayant laissé couler une bonne dose de sève. J’en remplis un bocal entier. Cela se révèle parfait en guise d’allume feu.

La pluie semblant arriver je travaille sur ma cabane afin de la renforcer en creusant de petites rigoles puis en rembourrant les murs. Je finis ma journée en travaillant ma flute, à lire, à cuisiner, à dessiner et à écrire.

L’ermite ne cherche pas à décrocher la lune mais simplement à l’observer.

 

Dimanche 12 avril 2015 – 15° jour

Il est incroyable à quel point l’intérieur de ma cabane s’embellit de jour en jour. Ou peut est-ce simplement moi l’aimant de plus en plus.

Devant mon thé je rêvasse au temps qui coule sans que j’y prenne garde. Le sablier est brisé et je nage dans son contenu en m’y dorlotant.

Tout en lisant un Jules Verne je finis mes amandes; C’est malin maintenant j’en aurait plus mais il était trop difficile de s’arrêter une fois avoir commencé. Je ne suis pas un as du rationnement, loin de là. Au rythme où vont mes réserves de biscuits et de chocolat j’ai bien peur que mes derniers jours se transforme en un régime de riz.

Similaire à mon tabouret je me fabrique une petite table assez rapidement ; Soyons civilisé tout de même.

Je pars me laver dans la rivière ; Oulalala c’est froid ! Privé de neige je dois maintenant aller chercher mon eau. Mon seau de quinze litres me permet de tenir deux jours.

En me rendant sur le chemin, le reste de neige m’informe qu’une personne en raquette est passé il y a moins de un jour. Une visite est bien la dernière chose que je souhaite. Mais heureusement mon emplacement est vraiment bien caché par les arbres et la pente.

Les journées deviennent vraiment fascinantes pour leur rapidité et à la fois leur lenteur. Faute de regarder l’heure je m’en suis totalement désintéressé et mes activités se succèdent désormais simplement au gré de mes envies du moment présent.

Et de cela pas un seul instant je me sent ennuyé. Tout moment devient important, prend un sens. Tout semble naturel.

On tend à nous faire croire en société que nos journées doivent être planifiés des jours en avant, que chaque parcelle de minutes ont ce besoin d’être comblées par des tâches, obligations, divertissements.

La cabane est à la lenteur et à la simplicité ce que la société est à la rapidité et à la rentabilité.

Mon riz crame ce soir ; C’est quand même très bon.

Avant de m’endormir je regarde successivement chaque recoin de mon antre, tout pendouille, tout repose, tout crépite, tout est beau.

L’ermitage est-il la clef du bonheur retrouvé ?

 

Lundi 13 avril 2015 – 16° jour

Lorsque l’on se trouve seul et éloigné de l’humain les pensées voguent assez souvent vers le passé, surtout auprès de la famille et amis. Qu’ils me manquent tous, que donnerais-je pour revivre en leur compagnie quelques moments tous bénins, moments qui sur le coup n’en paraissent pas importants mais qu’ils le deviennent avec du recul et de la distance. Presque un an que je suis pas revenu ; Est- ce égoïste de ma part cette démarche ? Pourquoi leur imposer une telle absence de ma personne ? Ces questions reviennent souvent malheureusement et heureusement.

Vivre seul dans l’adversité constant est un choix que je ne regrette à aucun moment ; J’ai cette impression que commencer sa vie en étant focaliser sur un confort de vie facile et d’une proximité de ces proches est à l’image du marcheur choisissant la route goudronnée traversant une vallée au lieu de suivre les sentiers sinueux de montagnes passant au-dessus de celle-ci.

Le deuxième choix se révèlera certes plus dur, il y aura des possibilités de se perdre, d’avoir un accident, de mettre plus de temps, de se rendre vulnérable au mauvais temps ; Mais en contrepartie il nous fera grimper dans des horizons de beautés de tout instants, d’apercevoir la faune et la flore dans leur environnement naturel, de ressentir le bonheur dans l’effort après une montée de col, de sentir la nourriture prendre un tout autre goût, d’apprendre à lire les reliefs de la montagne sur une carte topographique, de ressentir la peur, l’humilité, la persévérance puis le soulagement, de se sentir faible au milieu de cette puissance et d’arriver enfin à destination le cœur et l’esprit purifié par toutes ces saveurs.

Quant au premier choix il sera probablement plus rapide, moins fatiguant, plus sûr, moins dangereux…

Mais l’apport final serait-il le même ?

L’aube se réveille doucement, il pleut quelques gouttes mais rien de bien méchant. Petit déjeuner au lit : Biscuits-chocolat et livres.

Je travaille à mon bois puis finis ma table. J’écris sur cette dernière une partie de la journée

La pluie revient et je reste à l’abri. C’est tellement agréable de se trouver prêt du feu, au sec, alors que l’extérieur n’est que vent et humidité.

Je lis de longues heures devant un thé. Je voyage avec Mike Horn dans sa fabuleuse aventure arctique, je me promène avec Stevenson en compagnie de son âne puis je me laisse glisser avec Frison-roche sur les traineaux des derniers peuples chasseurs.

Pffiouuuu que d’aventures aujourd’hui !

 

Mardi 14 avril 2015 – 17° jour

Je travaille sur ma cheminée ce matin ; Tout d’abord en rehaussant la sortie avec de nouvelles pierres de sorte à créer un appel d’air bien plus important destiné à évacuer la fumée plus efficacement. Je réduis ensuite le foyer d’un bon tiers afin de limiter le tirage et ainsi permettre une meilleure propagation de la chaleur ainsi que une consommation moindre.

Je colmate tout l’ensemble avec de la glaise puis fais un test : Et en effet le tirage est environ diminué de moitié et la chaleur se fait ressentir dans un plus grand diamètre.

Une fois ce feu allumé, il m’est impossible de ne pas résister à l’appel du thé et des livres.

Cette envie rassasié je me rend à mon « coin sapin » afin d’abattre deux petits arbres dont je ramène leurs branches afin de parfaire mes murs. J’ai beau tout essayer le vent semble toujours passer à travers quelques petits interstices. Mais cela reste très acceptable.

Je joue quelques notes de flute, dessine, sirote un chocolat chaud devant une tablette de chocolat.

Ma scie repliante s’étant cassé les premiers jours je décide de lui construire un nouveau manche avec la lame intacte.

Je taille un bois solide, le fend en deux, coince la lame au milieu puis coule de la sève liquide pour bloquer l’ensemble. Je termine par tout serrer avec du fil de fer dans des encoches puis recoule le restant de la sève dessus. Cela semble très solide.

Dans notre vie courante, nous disposons de tous les objets nécessaire afin de répondre à nos besoins. Nous nous contentons de les remplacer lorsqu’ils ne font plus l’affaire. Cette culture de la facilité ne nous apprend pas à nous débrouiller, à improviser.

L’ermite ne dispose pas d’une grande surface à proximité. La débrouille, le caractère inventif, il lui faut adopter ces qualités, sans quoi il ne risque pas de durer très longtemps.

J’écris à la lueur d’une bougie.

Recette pour une journée d’ermite réussi :

  • - Un chocolat chaud
  • - La lueur et la chaleur d’un feu
  • - Deux heures de bois
  • - Une petite balade
  • - Une douche à la rivière
  • - Une leçon de flute
  • - Quatre litres de thé
  • - De l’écriture
  • - Des moments cuisine
  • - Beaucoup de lecture
  • - De la contemplation
  • - Du travail manuel et artistique
  • - Un esprit en paix
  • - Des remerciements

 

Mercredi 15 avril 2015 – 18° jour

Durant toute la matinée je m’attèle à la pose de mes pièges à gibier.

Je m’étais bien renseigné sur ce domaine avant mon départ. J’avais pensé tout d’abord à me fabriquer un arc mais il m’aurait fallu faire sécher un morceau de bois des semaines en avant ; Je me suis donc intéressé sur les différents types de pièges.

J’explore en premier lieu les alentours afin de repérer des lieux de passages d’animaux. Je monte assez haut mais redescend finalement ; Mon choix se porte vers un endroit très boisé pas très loin de ma cabane. Ayant préfabriqué mes pièges la veille je les installent en prenant bien soin de porter des gants afin de ne pas laisser mon odeur. Le principe est simple : Un collet relié à une branche en tension dont un mécanisme très sensible permet de libérer celle-ci afin que le nœud coulant emprisonne la pauvre bête. Je pose en guise d’appât du sel, des tranches de concombre et carotte.

Aurais-je le cœur à vraiment tuer un animal si mes pièges fonctionnent ? A vrai dire je me surprend à souhaiter de ne rien attraper…

Je me douche ensuite à la rivière en lavant de plus mes chaussettes.

La journée devient soirée que je passe comme à mon habitude devant les flammes, à jouer de la flute, à lire et à engloutir des litres de thé.

En forêt le temps perdu ne passe pas comme il peut l’être en société. Cette dernière possède trop de tentations aux divertissements qu’il en devient malsain pour la personne cherchant à donner un sens à sa vie.

De plus l’équilibre de vie que l’on croit atteindre sonne faux sur la balance pour notre bonne vieille terre. Les méfaits au terme d’une journée en ville sont un coup de hache que l’on porte odieusement à nous même. En cabane tout n’est qu’équilibre, l’ermite ne prend que ce dont il a besoin et cela dans un débit d’énergie grise quasiment nulle. Il s’endort le soir apaisé, non pas des choses qu’il a fait mais de celles dont il s’est abstenu.

Ce mode de vie respire une réponse trop dérangeante à entendre : Celui de la vie simple et naturel.

 

Jeudi 16 avril 2015 – 19° jour

Jamais depuis que je suis dans cette cabane je crois n’avoir fait de rêves aussi beau et vivant, aussi important que émouvant. Les nuits deviennent presque aussi intéressantes que les journées.

Je pars visiter mes pièges dès le matin, aucune prise.

Mes réserves de bois étant bien descendu, je travaille la scie et la hache sans relâche jusqu’à ce que ma pile soit de nouveau acceptable.

Mon pain en brochette est encore plus délectable que les fois précédentes ; Un croustillant et un gout tellement parfait que j’en mange la moitié nature.

Je poursuis la lecture de « 20 ans dans la forêt » de Roger Chevrier, un journaliste-écrivain ayant relaté l’histoire d’un homme dont il est difficile de dire si ce dernier a vécu la vie la plus malheureuse du monde ou la plus heureuse.

Orphelin, il subit de grandes malchances qui le voit contraint à devoir se construire une cabane dans une forêt de village vers les alentours de Paris. Pendant plus de vingt ans il y vit, sans le moindre argent, affrontant plus facilement des hivers à moins vingt degrés que la bêtise et la cruauté humaine dont il a eu à subir durant son entière vie.

«Un abime sépare le solitaire volontaire de l’isolé involontaire. L’un se bat pour rester, l’autre se bat pour en sortir », dit-il lorsque il nous explique qu’il n’a jamais vraiment souhaité cette vie.

Il poursuit :

« Dans ma cabane, je me sentais parfois heureux malgré mon infortune. Je m’en étonnais. Il s’écoulait des jours entiers où les hommes me laissaient en paix. J’étais tranquille et serein en dépit de tout. C’était peut-être cela le vrai miracle. Je ne me tourmentais pas devant l’aggravation du mal. Je faisais confiance à la vie, à la chance, à quelque chose qui me dépassait. Il n’y avait pas que des moments de famine, de froid, de solitude et de tristesse. J’éprouvais aussi des instants de vrai bonheur, de détachement complet, de repos absolu de la conscience et du cœur. Je me sentais bien, indifférent aux manifestations de la bêtise ou de la méchanceté, les oubliant même, n’en voulant à personne, n’ayant pas à me venger ni à prendre une revanche, ne me préoccupant pas de résoudre des problèmes matériels qu’il n’était pas tout à fait en mon pouvoir de résoudre. « Si je meurs, tant pis, je m’en fiche pas mal », me répétais-je au cours des journées les plus pénibles. Un sentiment de liberté existait même envers la mort. Je n’étais esclave de personne ni d’aucune force, d’aucune passion, d’aucune obsession de quoi que ce soit, ni dans l’attente anxieuse d’une quelconque réussite à venir. Je vivais la minute présente, sans plus. Dans ma cabane, entouré des arbres que je connaissais, je me sentais par moments tout à fait bien. Je n’avais peur ni de la vie ni de la mort, ni des hommes ni de moi, ni de la nuit ni du jour. Souvent je me découvrais en paix et heureux avec les choses comme elles étaient. J’avais appris à me contenter de si peu que maintenant je me contentais de presque rien ».

De profondes autres réflexions suivent, décrivant cet homme d’une très belle façon et du caractère tout à fait unique que sa vie lui a forgé.

Le livre est formidable à lire et montre vraiment la difficulté quotidienne de ce  mode de vie plus ou moins extrême et surtout non-choisi.

En sortant de cette lecture, ma brève introduction à cette vie d’ermite me semble tout d’un coup bien différente et encore plus agréable. L’ayant choisi que pour une courte durée et en guise d’expérience, je suis conscient que je ne vois que les bons côtés des choses, où les mauvais, bien qu’il se perçoivent aussi, en sont trop insignifiants pour que je n’en prennent garde compte tenu du fait qu’il existe une ligne d’arrivée.

Un brusque bruit me tire de ma songerie. Cela ressemble à de la pluie battante mais c’est différent ; Une lueur orangé me fait vite comprendre la raison :

– MAIS MON TOIT BRÛLE !!!!!

Pris de panique, je saisi mon seau remplit à moitié puis m’élance dehors ; De grandes flammes dansent autour de la sortie de ma cheminée dans une vision d’horreur. Ne réfléchissant pas trop je balance mon eau sur le centre du foyer et finis de tout éteindre en hottant les parties enflammées restantes. Ouf j’ai eu chaud. Je m’aperçoit que je suis tout tremblant.

Je suppose que une étincelle ou une trop forte fumée a dut enflammer une des branches de sapin ayant séché. Je m’en irais isoler tout cela dès demain.

 

Vendredi 17 avril 2015 – 20° jour

Avant toute chose je ramène plusieurs pierres plates dont j’utilise afin de protéger au maximum la toiture de la sortie de cheminée. L’incident d’hier soir pourrais vite se renouveler si je n’y prend pas garde. Je n’ose imaginer l’idée même d’un véritable incendie.

Tant que j’en étais dans le domaine des pierres je continu à creuser et à ajuster afin d’obtenir à la fin une belle entrée tout de pierres revêtue.

Je termine de scier la pile de mon bois restant. Simplement six gros piquets enfoncés dans le tronc d’un gros arbre couché me servent désormais de support. C’est bien plus stable et agréable à couper.

Jour après jour mes forcent croissent; Mes muscles se durcissent, mes mains prennent de la corne, mon ventre se retire, mes maux de dos que j’ai pu ressentir les premiers jours sont désormais loin derrière, mes coups de hache sont plus précis, je peux scier deux à trois fois plus longtemps.

J’abandonne ma technique boulangère des serpentins ; Cette fois je dispose au centre du feu une petite pierre plate que je laisse chauffer quelques temps. Pétrissant une pâte à pain j’essaye plusieurs combinaisons très intéressantes : Un chausson à l’ail et oignons frit, un chausson au miel, ainsi que de simples galettes de pains. Je me délecte de ces nouvelles trouvailles ; C’est tellement simple, c’est tellement bon.

Devant la fumée d’un thé j’écris tranquillement.

On peut représenter une vie dans les bois sous des formes de rêves éveillés, pleins d’aventures, de communion avec la nature et de retour aux sources. La vérité est en fait bien différente ; L’aventure est strictement intérieur, la communion est en soi-même, et les sources de bonheur ne dépendent que de la vision dont nous les percevons à l’instant présent.

Et parlons-en de ce fameux instant présent. Cela fais pratiquement deux ans que je marche éperdument, je croyais avoir connu ce bonheur du moment dans toute sa pureté lorsque reclus de fatigue je persistais pour dix kilomètres supplémentaire l’esprit en vague, ou lors d’égarement dans quelques forêts gelées voir même encore en pleine contemplation de sauvages montagnes scandinaves. Ce n’en était en fait qu’une ébauche, une pâle copie face à celle dont l’ermite joui de par son seul isolement.

Depuis que je suis entré dans cette forêt je me suis livré au royaume du temps après avoir essayé en vain de le semer. Les secondes et les heures dont je me targuait de pouvoir réussir à les distancer par de simples foulées ne m’apparaissent plus désormais comme une menace.

Au contraire elles sont à la manière du papillon virevoltant autour de nous, elles passent, s’envolent, se posent. Je les regarde du coin de l’œil, leur souriant et leur adressant un timide salut puis me retire pour mieux les retrouver.

Les journées passées sont les mêmes jour après jour, seul la météo apporte son lot de changements. Mais lorsque la montre s’arrête les battements du cœur prennent le relais.

Mon plat de pâtes ce soir est une vrai merveille ! Avoir fait revenir de l’ail, des oignons et du sel dans de l’huile d’olive procure un goût de gigot d’agneau, mais sans le gigot bien entendu.

J’ai fabriqué ce matin une grosse bougie en fondant les petites dont je dispose, cela avec une mèche bien plus épaisse. L’ensemble a durci et éclaire trois fois mieux que avant.

 

Samedi 18 avril 2015 – 21° jour

Pour l’ermite le thé est une activité à part entière, des plus belles et inspirantes. Prendre sa popote, la remplir d’eau, poser le tout sur le feu, attendre l’ébullition, sortir la casserole fumante, verser l’eau dans une tasse, mettre un sachet de thé, hésiter quant à fruits rouges, thé noir, thé vert, citron ou pomme-cannelle, choisir citron, hésiter encore, se décider finalement pour fruits rouges (dans la vie il y a des choix), laisser infuser tout en se laissant inspirer par les volutes de fumée que la tasse laisse échapper, ajouter une cuillérée de miel, lécher la cuillère, attendre la température adéquate, puis boire le mélange lentement, cela le regard perdu dans les flammes ou dans les pages d’un livre.

Au réveil c’est un zéro degré qui me fait découvrir que la neige est revenu ; Dame Nature fait décidément la difficile au niveau de ces choix de manteaux qu’elle revêt et enlève sans cesse.

Après quelque heures de lecture je commence la fabrication de mon meuble étagère avec les perches que je suis allé chercher hier.

Je coupe, je ficelle, j’improvise, j’aime cela.

Le résultat est très sympa, je peux enfin tout bien ranger, aussi bien les vivres que les outils.

L’ermite ne possédant qu’un minimum de place et de possessions, il veille à ce que tout soit scrupuleusement rangé et en ordre ; Ce n’est point un signe de maniaquerie je pense, plutôt un plaisir de la vue de ces biens, un désir de sécurité et d’ordre dans son petit cocon qui est la cabane. La vie de l’ermite est d’une telle simplicité que le moindre désordre en apparait comme une vulgaire tâche.

Aujourd’hui je n’aspire que à rester confiné à l’intérieur, à faire un peu de couture et à lire tout mon soûl.

Je suis abasourdi de la forme que prend l’intérieur de ma cabane, je suis capable de la fixer sans raison pendant des heures. Cette cabane est le plus belle endroit de mon monde.

 

Dimanche 19 avril 2015 – 22° jour

Le temps passe, le temps file, le matin arrive, le feu s’éveille, la hache fend, la scie coupe, le thé fume, la flute résonne… et la nuit est là.

 

Lundi 20 avril 2015 – 23° jour

Aujourd’hui c’est le 365° jour de mon deuxième départ. Il y a tout juste un an je repartais de Tornio en Finlande, après ma pause en France. Un an de marche solitaire à travers l’Europe. Et quelle année ce fut !

La solitude m’a tellement donné, m’a tellement appris, j’ai encore cette impression que tout m’a été offert à tel moment pour un sens précis.

Je me rappelle de certaines personnes me questionnant d’une façon presque agressive alors que mon départ approchait :

« Et ta retraite pour plus tard, t’y as pensé à toute ces années où tu ne vas pas travailler ?!! »

Ma retraite elle se cotise chaque jour sous forme de souvenirs, rencontres, aventures, mésaventures… Si j’ai pu ressentir de la haine envers ce genre de personnes autrefois, je ressent maintenant de la pitié.

Je prends mon petit déjeuner devant ma cabane tout en finissant un roman policier qui me laisse franchement sur sa fin.

L’armature de ma scie ayant séché et les cordages devenus lâches, je la démonte et la renforce ; Je pars ensuite me promener sur les hauteurs en suivant ma rivière de la joie comme j’aime à l’appeler. Mes pièges ne donnent toujours rien. J’en suis presque heureux.

Deux galettes de pain au miel pour le déjeuner. Je travaille dur ma flute, c’est bon de se voir progresser dans un domaine nouveau.

La cabane est la liberté, l’ermite, dans sa délicatesse de vie, dans son retranchement vis-à-vis de la société, possède cette libération dans un degré des plus pur, celui de ne dépendre de (presque) rien. Cette autarcie volontaire lui permet de réellement se voir non pas à travers les autres mais à travers soi, chose plus ou moins dure lorsque l’on vit entouré de personnes au quotidien.

C’est un face à face assez impressionnant dont on n’en ressort pas indemne.

Une fois confortablement installé dans son petit abri, l’absence de contact avec la société apporte un changement brusque au niveau des sentiments ressentis. Disparu le paraître, disparu la haine, disparu l’ambition, envolé les masques, enterré la jalousie ou la convoitise, seul l’amour reste à la surface. Tout alors se gorge de cet amour, d’un simple thé, du son d’une rivière ou du vent, de la vue d’un oiseau ou même encore d’un moment de silence.

Je me pose la question de quand est-il de l’ermite ayant fait le choix de cette vie pour son entière vie. Son amour de la vie en est-il plus fort, moins fort ?

L’humain est un animal social, jamais je ne prétendrais le contraire. Ce mode de vie contient énormément d’équilibre mais il est inenvisageable du fait de ce manque de contacts. Cela dit en guise d’expérience je trouve cela fabuleux voir passionnant.

Je compte renouveler cette expérience un jour ; Un désir de comprendre plus profondément ce mode de vie est entrée en moi.

Je me surprend à rêver d’une vrai cabane en rondins que j’aurais construit durant plusieurs mois dans des régions sauvages au-delà du 70° parallèle, en y vivant plusieurs mois d’ermitage « professionnelle ».

Je commence à prendre sacrément le coup de main au niveau de mes galettes de pain. En rajoutant un peu plus d’huile à la cuisson le goût en devient presque comme des crêpes. Je me régale.

Les buches de sapin sont bien appréciables en bois de chauffe mais elles possèdent un inconvénient majeur : Celui d’éclater aléatoirement et de projeter des petits morceaux de braises incandescentes. Pour cela j’ai toujours mon seau remplit d’eau à côté et je garde un œil tout particulier à l’entretien et à la surveillance de mon feu.

Après une journée de chauffe, chaque pierre du foyer est toute chaude et agit à la manière d’un radiateur.

Une fois la nuit tombé il est très dur de ne pas succomber à l’appel de la détente près de cette cheminée. Dès lors toute la soirée s’organise autour de celle-ci.

Je dessine ce soir un projet de fauteuil que je compte réaliser à partir de demain. Ça va être difficile mais je suis motivé.

 

Mardi 21 avril 2015 – 24° jour

Je commence cette journée par un temps de coupe ; Le bois est dur comme de la pierre, je transpire mais pars me rincer dans la rivière ensoleillé.

Je me rends ensuite au coin perches afin d’en scier une vingtaine bien droites.

Un certain paradoxe m’envahit lorsque je coupe un arbre : Celui d’être conscient de tuer un être vivant mais en même temps d’adorer cette activité.

Je me repose dans « la vallée des éboulis » en observant le paysage tout en jouant un air de flute apprit hier. J’ai une très belle vue sur une montagne encore à moitié enneigé ; Jour après jour je vois la neige se retirer.

J’ai tellement été dans le mouvement ces dernières années que j’en avais perdu l’habitude de percevoir l’érosion du temps sur un endroit.

Je commence mon fauteuil ; Comme il me reste qu’une quinzaine de mètres de ficelle chaque assemblage devra être à mi-bois afin d’en user le moins possible. Cela me prend un temps infini mais cela tombe bien car j’en dispose justement.

Mes instincts de menuisier remontent une fois de plus, chacun de mes gestes est précis, chaque coupe nécessaire. J’obtiens mes deux côtés au bout de plusieurs heures, je les relis à mes traverses, la forme est donnée, c’est encore plus joli que sur le papier.

J’arrête pour la journée et finis celle-ci par une petite sieste aux derniers rayons de soleil.

En fait une fois bien installé, la vie d’un ermite devient très calme et rarement perturbé par des événements extérieurs. Seulement quatre choses sont à se préoccuper : Le bois pour le feu, la nourriture, l’eau et l’entretien de son abri. Le fait est que en société toutes ces nécessités semblent être noyées dans des flots de complications et d’embêtements nous faisant oublier à quel point le bonheur peut se suffire à si peu de choses.

J’aiguise ma hache devant ma cheminée ; Les CRRRR CRRRR que font la pierre glissant sur l’acier deviennent dès lors une douce comptine.

 

Mercredi 22 avril 2015 – 25° jour

Les nuits sont de moins en moins froide ; Je me félicite pour la période plus ou moins choisi afin de vivre cette expérience. Avoir affronté une semaine de neige intense dont une autre pas forcément chaude me fait vraiment apprécier ces jours de beaux temps qui arrivent.

Je poursuis mon ouvrage d’hier ; La structure étant achevé, je commence la longue étape de combler l’assise et le dossier. Je progresse lentement comme toujours mais je ne suis pas pressé.

Deux galettes de pain au miel font affaire de déjeuner. Je termine mon fauteuil en début de soirée. Ayant utilisé mes derniers bouts de ficelle de jute, je finis avec du fil de fer qui se révèle très efficace.

Je suis vraiment content du résultat, cela me demande longtemps avant que je me décide de le rentrer à l’intérieur tant je passe du temps à l’admirer, à m’asseoir, à l’admirer encore, à m’asseoir de nouveau, à lui parler. C’est le fauteuil de mes rêves !

Je le dispose en face de ma cheminée, j’imagine déjà mes futures soirées installé tel un véritable pacha.

J’allume mon portable comme tous les deux jours et reçoit un texto de ma petite sœur Julie qui m’annonce qu’elle a (enfin) réussi son permis de conduire. Un grand YESSSSS résonne dans la forêt. J’en étais venu à être encore plus anxieux qu’elle. Pour l’avoir passer cinq fois (mais l’ayant obtenus je vous rassure) je suis assez bien placé pour savoir dans quel état de stress et de pression ce foutu papier rose peut mettre. Le jour où il existera un permis de marche je pourrais m’en vanter d’y aller les mains dans les poches.

Mon mobilier se finit donc, j’ai encore bien sûr un milliard de nouvelles idées inventives et farfelues mais je souhaite quand même gouter à un peu plus de quiétude d’ermite. De plus je vais surement partir dans les prochains jours afin de pousser une exploration des montagnes dans lequel je vis. Une à deux journées dans le bush ne me feront pas de mal.

Une nostalgie me prend ce soir…. La journée a tellement été belle que j’aurais vraiment aimé pouvoir la partager… Ce partage de bonheur commence à prendre de plus en plus d’importance à mes yeux.

 

Jeudi 23 avril 2015 – 26° jour

Quoi de mieux que de se faire réveiller toujours par le même oiseau puis de somnoler quelques temps en essayant de percevoir le mystère de son chant.

J’installe mon fauteuil à l’entrée de ma cabane et me donne à la contemplation et à la paix tout en laissant les rayons du soleil illuminer quelques pensées vagabondes.

On pourrait penser que la vie en cabane nous amène à un éveil spirituel très important du fait de ce reculement dans la vie sauvage mais je suis plutôt surpris du contraire.

Pourquoi se poser des questions alors que les réponses se trouvent devant nos yeux chaque jour.

L’ermite, dans sa cabane isolé, préfère vivre que penser.

Juché sur mon piédestal de bois, je regarde les montagnes tout en jouant de la flute. J’abat en guise de gouter un sapin de cinq mètres. Je lui dépouille son vert manteau dont j’utilise pour rembourrer ma porte ainsi que le toit de l’entrée.

La totalité de mes cordages des constructions des premiers jours se sont bien desserrés, cela dut au bois ayant commencé à sécher. La période aurait été plus longue j’aurais agis bien différemment mais pour la quinzaine de jours qu’il me reste cela ira parfaitement.

La soirée est devenu le plus beau moment de la journée. Je ne me lasse pas de lire, d’écrire, de jouer de la flute, de m’évader dans les flammes. Les activités dans la vie forestière ne sont pas très nombreuses mais elles restent suffisamment puissantes pour empêcher toute lassitude de venir.

 

Vendredi 24 avril 2015 – 27 ° jour

Je prends mon dernier bol de bouillie d’avoine ce matin, il ne me reste en gros que de la farine, du miel, du riz, des oignons, de l’ail et de l’huile d’olive. La gourmandise me perdra.

Je coupe beaucoup de bois aujourd’hui, mes réserves n’ont jamais été aussi importante, et cela tombe bien car le mauvais temps semble arriver.

Ma pierre plate me servant à faire chauffer mon pain se fend sous l’effet de la chaleur. Je pars en chercher une autre adéquate tout en en profitant pour aller voir mes pièges.

Un bruit que je connais trop bien attire mon attention alors que j’étais à une centaine de mètres de la cabane. Je la regarde et comprend même avant d’apercevoir la grosse fumée blanche. Je cours comme un forcené, je sais exactement ce qu’il se passe même si la pensée qu’il est déjà trop tard me saisit.

Les flammes sont prises de l’intérieur, sans doute une cendre encore chaude qui a réussi à se faufiler sur les branches de sapin étant bien sèches. Mais pas le temps de réfléchir à la cause, j’arrive paniqué, j’essaye tant bien que mal de retirer les branches du toit mais je ne réussis qu’à me bruler la main. J’entre à l’intérieur et une vision apocalyptique se grave pour jamais sur la rétine de mes yeux : Les flammes lèchent de partout le plafond sur la moitié de sa surface, ma bâche fond en une pluie de gouttes enflammées, mes réserves de cire que j’avais entreposé en hauteur semblent être animé d’une fureur incendiaire et tout autour mes affaires éparpillés, mon carnet de voyage sur la table, mon appareil photo sur l’étagère..

Le feu progresse très vite. Je suis conscient que je ne dispose que d’une poignée de secondes afin de prendre une décision entre deux choix : Celui de tout faire pour éteindre l’incendie ou celui d’abandonner la cabane et de sauver mon matériel.

Le temps semble s’être complétement arrêté et paradoxalement d’aller encore plus vite ; Je dispose de mon seau d’eau remplit à ras bord ainsi que un bidon plein sous mon lit. En aurais-je assez quand bien même j’arriverais à m’en saisir. Le pari est trop risqué je choisi de sauver ce que je peux.

Ce scénario je m’en était déjà préparé. Je commence à me focaliser sur le plus important : Carnet de voyage, mon sac passeport-argent-téléphone, ainsi que mon appareil photo. Je jette le tout dehors puis revient à l’intérieur ; Il y a tellement de choses, j’ai envie de tout sauver mais cela semble impossible tant le feu avance. Je prends le sac de couchage, ma flute, mon couteau, mes gore tex, mon sac à dos, mes différentes trousses… Je jette tout à l’extérieur, repart, rejette autre chose ; Au quatrième aller-retour il est presque impossible de rentrer tant le feu est partout ; J’emporte, en même temps que mon bâton, une dernière image de l’intérieur que ma cabane a pu être.

Je sors dehors et contemple ma tragédie. Je ne peux plus rien faire d’autre que observer en me lamentant et prendre des photos. Les flammes embrasent absolument tout et s’élèvent à plusieurs mètres, la peur me prend que cela mette le feu à la forêt tout entière. Le toit est consumé très vite, j’assiste en direct à la combustion de tout mon mobilier que j’avais fait avec amour. Mes réserves d’huile d’olive explosent pratiquement, mon miel que j’avais bien économisé déborde en bouillonnant de ces pots, mon lit sur qui j’avais passé les plus belles nuits de toute ma vie n’est plus que flammes et braises… Je suis abattus devant se spectacle, de me dire que moins de une demi-heure avant j’étais tranquillement en train de me boire un thé tout en pétrissant mon pain pour le lendemain matin.

Je mets de l’ordre dans mes affaires dispersés dehors ; C’est incroyable je n’en reviens pas j’ai tout sauvé ! Mon bonnet et mon tee short ressemblent certes à une vrai passoire, mes pulls ont quelques trous, j’ai perdu quelques menus affaires telle que mon thermomètre, mon savon, mes gants, mes boites à épices, une serviette, et quelques brulures sur la main et la jambe m’apparaissent mais je vois cela comme un très faible prix à payer pour n’avoir rien perdu d’important. J’ai même mon repas du soir en ayant chopé un kilo de riz et un oignon à moitié brulé !

J’essaye de me calmer tandis que mes réserves de bois dont j’avais passé la moitié de la journée à couper constitues désormais le centre du brasier.

Toutes ces notions d’acceptation des évènements, tous ce que j’ai appris durant ce voyage, voilà que j’en avais une épreuve devant moi.

J’en suis écœuré bien sûr mais regardons les choses d’un autre côté : J’ai mon équipement sauf, je ne suis pas blessé, cela arrive au bout de presque un mois et j’ai eu le temps de vivre quelque chose de formidable.

Je me mets à plutôt remercier la vie.

J’accepte en regardant ces satanées flammes.

Bon qu’est-ce que je fais maintenant ? Je n’ai pas eu le temps de sauver mes outils et provisions, je pourrais reconstruire bien sûr, faire un aller-retour dès demain pour acheter ce qu’il me faut, mais en acceptant la perte de ma cabane j’ai accepté en un même temps la fin de mon aventure d’ermite.

Il faut que je rentre, je ne supporterais pas d’ailleurs de planter la tente à côté et de me réveiller le lendemain au même endroit. Il faut que j’avance, que je quitte cette forêt au plus vite en essayer de garder le souvenir de ce que ce fabuleux endroit a pu être.

Je fais mon sac et reste immobile quelque temps devant mon ancienne maison. Piètre consolation je remarque que la cheminée est en parfait état et marche vraiment bien.

Je pense quand même revenir la semaine prochaine afin de nettoyer le coin, ce n’est donc pas un adieux.

Je retourne sur le chemin et le suis une petite heure ; Il est plus de vingt heure. Les premières maisons apparaissent, qu’elles sont belles ; Et puis les premières personnes, qu’ils sont beaux.

Je me surprend à être vraiment heureux de ces retrouvailles avec la civilisation ; Bien qu’elles soit vraiment directes, sans que je m’y soit préparé, l’émerveillement ressentit est plus fort que le coup de déprime de la destruction de ma cabane. Je fais du stop pour rentrer à Jeseník, situé à un peu plus de trente kilomètres. Un homme m’informe que l’unique route y menant est bloquée pour plus de six mois… Bon et bien ça sera une bonne trotte à marcher demain.

Je plante ma tente près d’une rivière ; La proximité de la route me fais un bien fou, même si aucune voitures ne circulent. Je soigne mes quelques blessures pendant que mon riz chauffe. Je suis vraiment épuisé.

Je ne dors qu’une heure ou deux cette nuit ; On a beau essayer de prendre les choses avec philosophie, il n’en reste que parfois c’est encore trop présent pour l’accepter entièrement.

Je pars vers six heure du matin après avoir avalé le reste de mon riz froid. Heureusement ma carte assez précise me fait éviter le goudron et je passe par de très beaux sentiers à travers la montagne.

Ma douleur du genou gauche se réveille à peine deux plus tard. C’est à la limite du supportable, principalement en descente. J’ai prévu de rester à Jeseník une dizaine de jours, j’espère que cela sera assez afin qu’elle se guérisse d’elle-même.

Je rejoins enfin une petite route où je réussi à rejoindre le village en stop. En sortant de la voiture c’est à peine si j’arrive à mettre un pas devant l’autre. L’inquiétude me prend au niveau de la suite.

J’arrive boitillant et transpirant chez Eva, cette gentille femme qui m’avait logé en pension avant que je parte en forêt. Celle-ci m’accueille les bras ouverts avec un large sourire.

J’ai beaucoup à faire avant de reprendre la marche ; Ecrire mon récit, réparer mon matériel, reposer mon genou, trier photos et vidéos, notamment pour le documentaire que je pense réaliser malgré la faible quantité de plans que j’ai pu faire, et surtout préparer la suite de mon parcours : La traversée de la chaîne des Carpates, deux mille kilomètres de montagnes à travers la Pologne, la Slovaquie, l’Ukraine puis la Roumanie.

Je m’étais procuré les cartes nécessaire lorsque j’étais à Wroclaw et du coup je n’ai plus qu’à les étudier tranquillement afin de déterminer mon itinéraire.

Mon genou m’inquiète beaucoup je ne le cache pas. Il n’y a pas grand-chose à faire si ce n’est d’attendre de voir ce que cela donnera dès que je vais repartir. Peut-être qu’il va falloir que je rentre en France pour une année afin de le soigner. Je commence à me préparer mentalement à cette idée.

Ainsi donc se termine cette expérience d’ermite. On a trop l’habitude que toutes aventures se finissent d’une « happy end » suivant les prévisions faites… Cela s’est mal terminé pour ma part mais après tout pourquoi pas ne pas voir cela comme une conclusion encore plus belle. Rebondir sur une fin désastreuse est une chose intéressante et merveilleuse. La notion d’acceptation prend tout son sens dans ce cas-là.

Je m’endors heureux ce soir-là, heureux d’avoir vécu ce rêve, heureux de la pensée que d’autres ne tarderons pas à suivre, heureux de cette vie.

 

Jérôme

 

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Pawel et son père me dépose

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Premier boulot : Nivelage du terrain

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La neige arrive dés le lendemain et ne s’arrête presque plus de la semaine

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La structure s’élève progressivement

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-5 degrés durant les jours n’est pas facile pour construire une cabane

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Une bâche plastique en guise de toit

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Et il faut aller chercher des branches de sapins maintenant

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Rammener des perches de bois est assez fatiguant car elles sont situées assez loin et la neige rend difficile de marcher dans la forêt

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Je construis une cheminée en pierres qui deviendra ma meilleure amie au cours de cette aventure

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Après une semaine passée sous la tente je déménage tout une fois ma cabane terminée

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Ma nouvelle demeure

Il faut maintenant fabriquer le mobilier; En premier lieu le lit

Il faut maintenant fabriquer le mobilier; En premier lieu le lit

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De façon bien sûr à se que je m’endorme le regard fixé sur l’âtre de la cheminée

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La coupe de bois de chauffage constitue l’activité principale de l’ermite

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Et ça coupe et ça scie !

Et ça coupe et ça scie !

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De douces soirées autour du feu

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Fabrication d’un établi permettant de coincer mes pièces de bois afin de les sculter

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Le thé prend une place très importante

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L’intérieur gagne en beauté de jour en jour

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Réparation de ma petite scie à l’aide de résine de pins

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Construction d’une petite table

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La neige fond et les beaux jours arrivent

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Pose de pièges à gibier

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Le principe est le suivant : Un collet relié à une branche en tension dont un mécanisme très sensible permet de libérer celle-ci afin que le nœud coulant emprisonne la pauvre bête

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Un meuble-étagère me permettant de tout bien ordonner mes affaires

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Et voilà le travail

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Chausson à l’oignons-ail pret à être enfourné

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Une pierre plate sur le feu et le tour est joué

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Ca croustille, c’est goutus. Mmmmhh

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La « vallée des éboulis »

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Je recharge mes différents appareils électroniques par ces panneaux solaires

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Une petite rivière se trouve à côté et me permet de me laver

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Six piquets enfoncés dans un gros tronc d’arbre couché me servent de support de coupe

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Et je me remet à la flute irlandaise

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Je renforce ma cabane au fil des jours

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Mon dernier ouvrage : Un fauteuil très confortable

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« L’ermite ne cherche pas à décrocher la lune mais seulement à l’observer »

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Les soirées deviennent les plus beaux moments de la journée.

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Plan des alentours

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Vue de dessus de ma cabane

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Vue de côté de ma cabane

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« C’est cela le bonheur de disposer du temps : Celui de pouvoir lire un livre dans la journée et de s’interroger sur lequel va suivre »

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Cuisson quotidienne de mes galettes de pain

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Et alors que j’étais sortis, j’aperçois une grosse fumée blanche… Ma cabane était en feu, sans doute à cause de quelques cendres ayant réussi à atteindre les branches de sapin

Ne pouvoir rien faire d'autre que de se lamenter et prendre des photos

Ne pouvoir rien faire d’autre que de se lamenter et prendre des photos

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J’ai heureusement pu au prix de quelques brulures sauver la presque totalité de mon matériel.

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Et cette expérience d’ermite se finit donc. 27 jours en tout alors que j’en avais prévus une quarantaine. Mais encore une fois l’acceptation est un maître mot.

7 réflexions au sujet de « Un pti mois de cabane »

  1. Bonjour Jérôme , j’ai eu de tes nouvelles par ton G.P. Pierre ,hier soir.Nous faisions un barbecue avec les personnes ayant participé à la rando de St Raphael.Il nous parlé avec une grande fierté de la construction de ta cabane .Je viens de lire toutes les péripéties qui ont accompagnées ce très long travail.Tu es exceptionnel par ton organisation militaire , ton courage , ton savoir faire !!!!!! un mec hors norme du commun des mortels , un extra terrestre ……..
    Beaucoup de jeunes , sous ta férule pourrait ainsi bénéficier de ton expérience fantastique.Pourquoi pas organiser un KOL LANTA au sein du Rando-Club !!!!et voir les chances de survie. Bon courage et au plaisir de te rencontrer
    MICHEL CHETOT

  2. Salut Jérôme
    T’as rien perdu de tes talents de menuisiers à en voir les photos!genial
    J’espère que ton problème au genou ne t’empêchera pas trop pour continuer ton périple..
    Bonne continuation

  3. merci beaucoup pour ta carte.nous avons ete tres touchés.tes recits sont vraiment vivants.nous te souhaitons bon courage.et bonne année avec ta famille.gros bisous,a bientot.odile et benoit.

  4. Un chouette récit, ma vie me parait un peu futile en lisant tes lignes, bonne continuation pour la suite de la route ! ++

  5. J’éprouve désormais une admiration sans pareil et le feu qui me brûle de l’envie de faire de même en est d’autant plus chaud. C’est si rassurant de connaître des personnes qui ont ce même rare sentiment de besoin de proximité avec la nature. Ce récit m’a non seulement réchauffé le cœur mais aussi écourté la date de mon future et pourtant encore lointain voyage. Sans trop de confort évidemment ;)

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